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Politique

Taiwan, le dernier bastion

L'ex-président taiwanais Chen Shui-Bian et Blaise Compaoré lors de sa visite à Taipei. © Wally Santana/SIPA

Le Burkina Faso est l’un des quatre pays du continent à privilégier des relations avec Taipei plutôt qu’avec Pékin. Un choix qui n’est ni sans conséquence ni sans contrepartie.

« C’est beau, vous ne trouvez pas ? » Au volant de son taxi, Saïdou est admiratif en empruntant le tout nouvel échangeur du sud de Ouagadougou. « Ce sont les Chinois qui ont fait ça, poursuit-il, mais pas les Chinois chinois, les autres… » C’est une particularité de la diplomatie burkinabè : malgré l’offensive de la Chine populaire sur le continent, Ouagadougou continue de privilégier des relations, rétablies en 1994, avec « l’autre Chine », celle de Taiwan. Dans les années 1990, Taipei avait convaincu plusieurs pays africains de reconnaître son existence et, donc, de couper les ponts avec Pékin. En 2010, ils ne sont plus que quatre à tenir cette position : le Burkina Faso, la Gambie, le Swaziland et São Tomé e Príncipe.

18,5 millions d’euros par an

Aujourd’hui, les deux frères ennemis travaillent à une normalisation de leurs relations, « la Chine n’essaie plus de séduire nos alliés et vice versa », se réjouit l’ambassadeur de Taiwan au Burkina Faso, Zhang Ming-Zhong.

Ce qui n’empêche pas cette île de 23 millions d’habitants de choyer son partenaire africain. « Pour nous, le Burkina est un symbole, car c’est le pays ami le plus peuplé et le deuxième en superficie, explique le diplomate. Ce que nous faisons ici est un exemple pour les autres ambassades. »

L’aide de Taiwan s’élève à 18,5 millions d’euros par an. Ce qui en fait le quatrième partenaire bilatéral du Burkina Faso, derrière la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. Outre des missions d’assistance technique dans la santé et l’agriculture, Taiwan a participé au financement de la construction du centre hospitalier de Tengandogo (600 lits, 68 millions d’euros), inauguré le 25 octobre et baptisé Hôpital national Blaise-Compaoré, ainsi qu’à la création de deux centres de formation de référence, à Ziniaré (village natal du chef de l’État) et Bobo-Dioulasso. La coopération entre les deux pays a également accouché d’une unité de transformation du sorgho rouge en eau-de-vie, fruit d’une synergie entre investisseurs taiwanais et burkinabè. L’usine a été inaugurée, toujours à Ziniaré, le 23 octobre.

Efficacité, flexibilité

Vingt-deux nouveaux projets devraient voir le jour ces prochaines années. « L’aide taiwanaise est appréciée pour son efficacité et sa flexibilité », souligne Zhang Ming-Zhong, qui se plaît à rappeler que, contrairement à la Chine, Taiwan « respecte les préoccupations de la communauté internationale »… Si l’on en croit le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alain Bédouma Yoda, pas question de changer son fusil d’épaule : « Nous sommes avec Taiwan et cela nous va bien. » À Ouaga, certains s’en désolent ; opposants ou entrepreneurs, ils militent pour une alliance avec Pékin. Leur argument : « On ne peut pas continuer d’ignorer un milliard de personnes. » 

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