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Le maître et l’esclave

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Couverture du livre lauréat.

Couverture du livre lauréat. © D.R.

Le prix Renaudot-essai a été décerné, le 8 novembre, à Mohammed Aïssaoui pour « L’Affaire de l’esclave Furcy ». Trois semaines après, il vient également de remporter le prix RFO, vendredi 26 novembre.

Il aura fallu un seul tour au jury du Renaudot-essai pour récompenser Mohammed Aïssaoui, journaliste littéraire au Figaro, et auteur de L’Affaire de l’esclave Furcy, paru en mars dernier. L’écrivain s’est penché sur l’incroyable destin d’un esclave réunionnais qui intenta à son maître, Joseph Lory, un procès long de vingt-sept ans, qui alla jusqu’à la Cour de cassation, à Paris. « J’ai voulu comprendre ce qui pousse un homme à vouloir s’affranchir », explique Aïssaoui. En 1817, tenant « serrée dans sa main la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », Furcy se rend au tribunal d’instance de Saint-Denis pour plaider sa cause.

C’est en mars 2005, alors que les archives concernant l’affaire sont mises aux enchères à l’Hôtel Drouot, qu’Aïssaoui découvre cette incroyable histoire. « J’ai eu l’impression assez irrationnelle d’être appelé au secours par Furcy. Le sortir du silence relevait de la démarche citoyenne », explique-t-il. Il décide alors de plonger dans les « souterrains de l’Histoire » et de recueillir le maximum d’informations sur l’affaire. Travail fastidieux, surtout quand on sait que les victimes laissent peu de traces et que l’« histoire de l’esclavage est une histoire sans archives ».

C’est précisément là que se trouve la force du livre. Inspiré notamment par le Dora Bruder de Modiano, Aïssaoui mêle le récit du procès et de la vie de Furcy à l’enquête de l’écrivain, totalement fasciné et habité par son sujet. Il livre également au lecteur de précieux extraits de documents (rapport, lettre ou annonce), qui restituent à eux seuls toute l’ambiguïté d’une époque marquée à la fois par l’héritage des Lumières et de la Révolution, et par le racisme, produit du colonialisme.

« Aujourd’hui, Furcy m’habite encore, mais je me sens apaisé, car il me semble que mon travail a été utile », explique l’écrivain. Depuis la publication, il a rencontré presque tous les descendants de ses protagonistes, a dîné chez les uns, livré des documents aux autres. Il se réjouit par ailleurs qu’une filiale de France télévisions prévoie de l’adapter pour le petit écran. Quant à savoir ce que cette histoire a éveillé en lui, l’écrivain d’origine algérienne, il reste très pudique et refuse de livrer des réponses toutes faites. Tout juste ajoute-t-il : « Je trouve très bien que des Arabes puissent se saisir de la cause des Noirs, que des Juifs défendent des homosexuels, etc. Être citoyen, ça doit dépasser les communautés. »

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