Politique

Serfaty, l’irréductible

Mis à jour le 23 novembre 2010 à 11:56

Le 18 novembre, Abraham Serfaty, 84 ans, s’est éteint dans une clinique de Marrakech, des suites d’une maladie pulmonaire. Depuis plus de cinquante ans, il incarnait, aux yeux de l’opinion internationale, la figure de l’opposant au régime de Hassan II.

Né à Casablanca, issu d’une famille juive tangéroise, cet ingénieur de formation se bat farouchement pour l’indépendance de son pays, ce qui lui vaut d’être emprisonné en 1950, puis placé en résidence surveillée jusqu’en 1956 par les autorités du protectorat. Après avoir découvert le maoïsme, il rompt avec le PPS (ex-parti communiste) et fonde en 1970, avec le poète Abdellatif Laâbi, le mouvement Ila Al Amame (« En avant ! »).

Dans un Maroc troublé par deux tentatives de coup d’État (en 1971 et en 1972), son projet de « guerre révolutionnaire » suscite la méfiance. Il entre dans la clandestinité avant d’être arrêté, en 1974, puis torturé. Lors de son procès, en 1977, il se met à dos la classe politique en s’exclamant : « Vive la République arabe sahraouie démocratique ! Vive la République démocratique et populaire marocaine ! »

Mais hors du royaume, Serfaty devient une icône. Emprisonné à Kenitra pendant dix-sept ans, il incarne une opposition irréductible à Hassan II, surtout après la publication de Notre ami le roi, de Gilles Perrault, en 1990. Christine Daure, qui a mené l’enquête pour ce best-seller, révélera au monde l’existence du bagne de Tazmamart. Cette coopé­rante française épouse l’opposant en 1986 et devient son infatigable compagnon de lutte.

Même en prison, le héros dérange. Pour s’en débarrasser, le roi décide d’user à l’égard de Serfaty de la même ruse que les autorités coloniales, qui l’avaient expulsé en 1952 au motif qu’il était « brésilien ». En 1991, accompagné par Serge Berdugo, le chef de la communauté juive du Maroc, Serfaty quitte sa prison pour huit ans d’exil en France.

En septembre 1999, un mois après son intronisation, Mohammed VI l’autorise à rentrer au pays. Bien que vieilli et en fauteuil roulant, l’homme est plus que jamais un symbole. Celui d’un Maroc prêt à faire le solde des années de plomb et à s’engager sur la voie de la démocratisation.