Culture

Edmond Amran El Maleh

Ancien responsable du Parti communiste, militant pour l’indépendance de son pays, l’écrivain marocain est mort le 15 novembre, à l’âge de 93 ans.

Né le 30 mars 1917 à Safi, dans une vieille famille juive originaire d’Essaouira, Edmond Amran El Maleh est décédé le 15 novembre dernier à l’hôpital militaire Mohammed-V de Rabat, à l’âge de 93 ans. On le décrivait souvent comme un écrivain, ce qui n’est pas tout à fait exact : écrivain, il l’était, bien sûr, avec talent et avec sensibilité, mais ce n’est que sur le tard qu’il entra en littérature. « Edmond » était d’abord un enseignant et un militant. Il fut d’ailleurs l’un des premiers responsables du Parti communiste marocain sous le protectorat français et ne cessa de réclamer l’indépendance de son pays, le Maroc, qu’il aimait par-dessus tout. Après l’indépendance, ce fut le combat pour la démocratie qui l’occupa. Plus tard, il prit nettement position en faveur des Palestiniens.

Après les tragiques événements de mars 1965, qui marquèrent le début des années de plomb et qu’il évoquera dans Aïlen ou la nuit du récit, El Maleh quitta le Maroc pour s’installer à Paris. Il y fut professeur de philo­sophie tout en tâtant du journalisme. À plus de 60 ans, en 1980, il se mit à publier romans et nouvelles. Outre le titre déjà cité, on retiendra en particulier le très beau Parcours immobile, largement autobiographique, Mille ans, un jour (où il évoque la mémoire juive en terre d’Islam), Abner Abounour, ainsi que Le Café bleu, Zrirek.

 

Après la mort de son épouse, El Maleh quitta son petit appartement de Montparnasse et rentra au Maroc, la patrie qu’il n’avait, au fond, jamais quittée. (« Lorsque j’étais en France, c’est comme si j’étais encore au Maroc », affirmait-il encore récemment dans une interview, à l’occasion de la parution de son dernier livre, Lettres à moi-même.) Celui que ses amis appelaient « El Hadj », avec une affection un peu moqueuse, ne manquait jamais de compagnie et il fut souvent honoré, devenu enfin prophète en son pays. En 1996, il reçut le Grand Prix du Maroc pour l’ensemble de son œuvre.

El Maleh a prouvé qu’on pouvait être juif et arabe et berbère et (un peu) français : marocain, en somme. Belle synthèse, pas toujours facile (dans l’avant-propos de son dernier livre, il exprimait « le sentiment d’être double, voire même étranger, sinon étrange à soi-même »), mais qui résume une vie pleine et réussie, assumée jusque dans ses contradictions. « Écrivant en français, je savais que je n’écrivais pas en français. Il y avait cette singulière greffe d’une langue sur l’autre, ma langue maternelle, l’arabe, ce feu intérieur », déclarait-il au Magazine littéraire en mars 1999.

« Edmond » semblait n’avoir que des amis, comme il sied au sage qu’il était. Prouesse étonnante, dans un siècle aussi agité et où les passions se déchaînaient très vite… Il leur manquera.

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