Politique

Le règne de Blaise Compaoré se prolonge

C’est avec une très large avance que Blaise Compaoré a été réélu, le 21 novembre, pour ce qui devrait être son dernier mandat. En théorie.

Réélu le 21 novembre pour un quatrième mandat avec une avance considérable sur ses six adversaires (80,98 % des voix), Blaise Compaoré, à peine 59 ans, dont vingt-trois passés à la tête du pays, semble ne jamais devoir quitter le palais de Kosyam. Au royaume subtilement divisé des Mossis, organisé de telle manière qu’aucun des souverains ne peut réduire ses homologues à de simples sujets, « Blaise » est bien le roi des rois…

La Constitution actuelle stipule qu’il s’agit de son dernier mandat. Mais nul ne doute, au Burkina Faso, que son entourage, qui le pousse à modifier le texte fondamental afin d’abroger la limite des mandats, aura le dernier mot. « Ce n’est pas d’actualité, jure Zacharia Tiemtoré, directeur adjoint à la communication dans l’équipe de campagne du vainqueur. Le président l’a dit : il mènera une vaste consultation sur cette question. » Compaoré sait que l’opposition fera barrage. Mais que vaut-elle, aujourd’hui ? Son plus proche poursuivant, Hama Arba Diallo, est loin, avec 7,98 % des suffrages. Pour sa première candidature, il devance tout de même Bénéwendé Sankara (5,52%). Les autres se partagent les miettes.

Quatre des perdants (Sankara, Diallo, et deux Kaboré, Boukary et François) ont annoncé qu’ils ne reconnaîtraient pas ces résultats, malgré le rapport de la mission d’observation de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, qui a jugé l’élection « crédible et transparente ». « Nous avons constaté de trop nombreuses fraudes », explique Philippe Ouédraogo, directeur de campagne de Hama Arba Diallo. Pas de quoi déstabiliser les vainqueurs. Dans le camp Compaoré, c’est la participation (53 %) que l’on met en avant, même si le faible nombre d’inscrits sur les listes (3,2 millions, pour une population de 16 millions d’habitants) vient ternir « le sacre ».

Que fera Compaoré IV ? Il devrait continuer à travailler sa nouvelle image d’homme de paix et de médiateur en Afrique de l’Ouest. Ses deux dernières missions, en Guinée et en Côte d’Ivoire, qui – hasard des calendriers électoraux – semblaient s’achever au moment où lui-même remettait son mandat en jeu, lui ont valu les éloges de la communauté internationale. Il pourrait à l’avenir s’emparer du dossier ô combien délicat d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Certes éloigné du cœur des opérations, au nord du Mali, son pays n’est pas épargné par la menace (notamment le Nord, riche en or et en manganèse). Ouagadougou a déjà accueilli des exercices militaires et mené des médiations.

Comment éviter l’usure du temps ?

Compaoré a pris goût à ce rôle : au-dessus de la mêlée – en bon père de la nation éloigné des contingences quotidiennes. C’est dans cette logique qu’il devrait insuffler une série de réformes institutionnelles visant à rééquilibrer les pouvoirs exécutif et législatif. Le président veut mettre sur pied un Sénat et un observatoire de la gouvernance.

Durant la campagne, il a annoncé de nombreux autres chantiers, notamment des mesures économiques visant à favoriser le secteur minier – l’or devrait prendre une place de plus en plus importante dans l’économie nationale, mais on parle aussi d’uranium, de manganèse et même de pétrole dans les couloirs du ministère des Mines.

Les Burkinabè attendent maintenant que les « bonnes nouvelles » macroéconomiques profitent enfin au plus grand nombre. « Ça sert à quoi d’avoir chaque année une croissance de 3, 4 ou 5 % si on n’en bénéficie pas ? » interroge un représentant syndical. Plus de transparence et de justice aussi. Tertius Zongo, le Premier ministre, qui pourrait être reconduit, a essayé de s’y atteler, mais, dans l’entourage du président, certains s’évertuent à lui mettre des bâtons dans les roues. Un peu moins d’un quart de siècle après son accession au pouvoir, Compaoré sait que les pires ennemis d’un dirigeant s’appellent usure du temps et inertie. Même pour un « roi ». 

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