Société

Épouses et concubines

Mis à jour le 14 décembre 2010 à 16:04
Fawzia Zouari

Par Fawzia Zouari

Avez-vous entendu parler du procès de cette jeune Belge, Els Clottemans, soupçonnée d’avoir tué sa comaîtresse en sabotant son parachute ? Els était amoureuse d’un skieur qu’elle savait lié à une autre femme, prénommée aussi Els. Comme par hasard ! Ce n’est pas que Clottemans ait refusé de partager son amant, bien au contraire. Elle a dit et répété : j’accepte d’être la numéro 2 et je me contente d’une seule nuit d’amour par semaine. Jusqu’au jour où Els numéro 1 – qui ne savait pas que le skieur lui avait trouvé une numéro 2 – débarque à l’improviste. Impuissante, Els 2 se voit reléguée dans un canapé, à entendre les cris d’amour de sa rivale dans la chambre à côté. De rage, elle décide de la tuer.

Pauvre Els ! Elle manquait d’exercice dans un cas de figure bien répandu en terre d’islam. Les Arabo-musulmanes ont appris la formule par cœur et compris depuis la nuit des temps qu’elles sont toujours secondes, par rapport à la mère, à la sœur ou à une première épouse. Non seulement elles acceptent de partager le mâle à plusieurs, mais elles se succèdent en plus dans sa couche sans en faire un motif de meurtre, se promènent dans le monde avec des passeports où figure leur rang d’épouse. Quelques-unes poussent la coquetterie – certains diraient le masochisme – jusqu’à aller demander elles-mêmes la main de la jeune fille désirée par leur mari, à lui choisir un beau trousseau et à faire son lit de noces. Conclusion : l’Occident ne connaît rien à l’art du mariage polygamique. La preuve ? Els !

Force est de constater que, lorsque la polygamie se pratique chez les Européens de souche, il se trouve toujours quelqu’un pour nous expliquer que c’est une affaire de « vie privée ». Sur les principes, ces femmes sont libres de choisir leur malheur, nous dit-on, d’accepter le partage. Circulez, il n’y a rien à voir ! Je me souviens pourtant de l’histoire de Lies Hebbadj, ce Nantais qui a défrayé la chronique il y a six mois, pour avoir tenté de fonder un harem au cœur de la République.

Il avait beau déclarer que ses concubines sont des « maîtresses », personne n’a voulu le croire, ni les musulmans pour qui le statut de maîtresse n’existe pas dans la charia, ni les chrétiens pour qui un musulman ne peut qu’être un polygame au sens classique du mot. De fait, s’estimant plus intelligent que les autres, Hebbadj a cru pouvoir s’en sortir en appliquant le titre laïc de maîtresse à ses concubines, tout en pourvoyant à leurs besoins matériels, comme l’exige la loi musulmane, en les abonnant aux prestations sociales… Il a comparu lui aussi devant la justice. Et c’est bien fait pour sa barbe !

En revanche, personne n’a mis en cause l’amant belge. Or, qui est la cause du drame ? Les deux Els ou cet homme qui prenait du bon temps avec ces donzelles, qui pratiquait la confusion des corps en même temps que celle des prénoms, qui a mené à la mort la première et la seconde à la prison ? Et si cela se trouve, il ne leur a même pas payé une assurance vie ! Personne n’en dit rien, au prétexte que Monsieur a laissé ces femmes libres de choisir leur mal. Il est sorti de la cour d’assises de la petite ville flamande de Tongres sans un reproche. Il faut dire qu’il s’appelait Marcel et non pas Lies.