Politique

La junte minée par des suspicions de complot tous azimuts

La vague d’interpellation au sein de la junte nigérienne, ordonnée par le chef de la transition, le général Salou Djibo, fait régner la plus grande confusion à Niamey.

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Mis à jour le 17 décembre 2010 à 16:09

Les Forces armées nigériennes (FAN) sortiront-elles indemnes de cette transition qui les a vues exercer le pouvoir à travers le général Salou Djibo ? « Ce n’est pas le retour des civils aux affaires qui m’inquiète, déplore un général nigérien à la retraite sous le couvert de l’anonymat, mais les turbulences qui secouent à rythme régulier le CSRD [Conseil suprême pour la restauration de la démocratie, NDLR]. »

Les turbulences ? L’interpellation en un mois de plusieurs hauts gradés, qui plus est membres de la junte, dont les numéros deux (le colonel Abdoulaye Badié, arrêté le 15 octobre) et trois (le colonel Hassane Mossi, chef d’état-major de l’armée de l’air, mis aux arrêts le 16 novembre), présentés comme auteurs d’un complot visant à prolonger la période de transition en attentant à la vie du chef de l’État. La dernière arrestation en date concerne le lieutenant Abdou Issaka, chef d’une unité de protection rapprochée de Salou Djibo.

Cette vague d’interpellations est toutefois un peu confuse. Ainsi, le colonel Hassane Mossi a été placé en garde à vue à la suite d’une plainte de l’épouse d’un officier qui l’accusait de diffamation calomnieuse. En d’autres termes, Hassane Mossi a été mis aux arrêts pour avoir éventé un complot jugé mensonger… mais la justice militaire n’a pas pour autant libéré les officiers prétendument conspirateurs.

Cette affaire crée un sérieux malaise dans les mess et dans les casernes. En fait de complot, il s’agirait, selon notre général à la retraite, de sérieuses divergences entre Badié et Djibo sur la gestion de l’après-16 septembre, date du rapt des employés d’Areva à Arlit. Contrairement au général, le colonel était opposé au positionnement de soldats français à Niamey.

Autre fait troublant : la junte a reconnu avoir été avertie de l’existence du « complot » par une puissance étrangère. Pour le coup, ce n’est pas le chef de la sécurité de l’armée qui est sanctionné mais un civil, Seyni Chekaraou, patron du contre-espionnage : il a été limogé et arrêté le 21 octobre. Drôle de bouillabaisse que ce CSRD…