Politique

L’armée montrée du doigt

Un rapport des Nations unies dénonce les pressions exercées sur certaines exploitations minières par des « réseaux criminels » à l’œuvre au sein même des FARDC.

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Mis à jour le 17 décembre 2010 à 15:47

Dans son rapport de 200 pages publié le 29 novembre, le Groupe d’experts des Nations unies sur la RD Congo démontre l’implication de l’armée nationale dans l’exploitation du sous-sol dans l’est du pays. « Malgré l’ordre aux militaires de se tenir à l’écart des activités minières » donné par le président Joseph Kabila, précise le document. Taxation du chiffre d’affaires d’une mine, obligation de s’acquitter d’un droit d’entrée dans un puits, mainmise sur les circuits commerciaux, pillage de minerais : pour les experts, au sein des Forces armées de RD Congo (FARDC), des « réseaux criminels » pratiquent les mêmes méthodes que les groupes rebelles – notamment le Maï Maï Cheka, ou les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) – sévissant dans la région.

Selon des témoignages recueillis par les enquêteurs, à la mine de Bisie, dans le Nord-Kivu, « tous les creuseurs étaient tenus de remettre 1 kg de cassitérite aux FARDC chaque fois qu’ils sortaient d’une galerie » sur une période allant de février 2009 à juillet 2010. La 212e brigade, constituée d’anciens éléments de la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP de Laurent Nkunda), est pointée du doigt. L’administrateur du territoire a dénoncé les faits dans un courrier adressé à son chef, le lieutenant-­colonel Yusuf Mboneza.

Le rapport mentionne également l’implication du général Amisi Kumba, commandant en chef des unités terrestres des FARDC, dans l’exploitation de Bisie. D’après les experts, il y a affecté un adjudant chargé de surveiller « au moins trois galeries ». Le commandant de la VIIIe région militaire (comprenant le Nord-Kivu), le général Vainqueur Mayala, dépêche quant à lui régulièrement des agents à la mine pour y surveiller ses investissements.

Selon les auteurs du rapport, « le conflit entre les intérêts économiques des réseaux criminels implantés dans les FARDC et la mission de l’armée, qui est d’assurer la sécurité, a des conséquences très graves ». Notamment de contribuer à « la persistance de la menace que font peser les groupes armés » et de constituer un « obstacle au rétablissement de la sécurité dans l’est de la RD Congo ».