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Cet article est issu du dossier «Investir au Maroc pour investir en Afrique»

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Investissements : à la croisée des continents

Nouveau hall du terminal 1 de l'aéroport de Marrakech-Menara.

Nouveau hall du terminal 1 de l'aéroport de Marrakech-Menara. © D.R.

Localisation stratégique, infrastructures à niveau, esprit et volonté d’ouverture... Le royaume attire de plus en plus de capitaux étrangers. De là à devenir la plateforme incontournable des investisseurs sur le continent, il y a encore un pas. D’autant que, sur le créneau, la concurrence est rude. Quelles sont ses chances ?

En faisant coïncider, en juin 2010, la publication de son rapport sur les pays les plus performants d’Afrique, « les lions africains », avec l’implantation de son premier bureau africain à Casablanca, le Boston Consulting Group (BCG) affichait du même coup sa volonté de choisir le Maroc comme base pour rayonner sur le continent. Et si le cabinet américain de conseil en stratégie agit ainsi, c’est que, pour ses clients, le positionnement du royaume comme un hub entre l’Europe et l’Afrique a fait son chemin.

À l’instar du BCG, des groupes d’origines et de secteurs aussi divers que le germano-finlandais Nokia Siemens Networks, le suisse Nestlé, l’américain Western Union ou l’émirati Air Arabia y ont installé leurs divisions Maghreb ou Afrique. Parallèlement, les groupes marocains de la banque, des matières premières ou des télécoms poursuivent leur offensive africaine.

Cependant, le Maroc doit confirmer sa position. En ces temps de sortie de crise, d’autres pays cherchent à jouer un rôle pivot, parmi lesquels l’Égypte, plus intimement liée aux multinationales arabes et anglo-saxonnes, et qui a moins souffert de la conjoncture. Car si les investissements directs étrangers (IDE) au Maroc ont bondi de 614 millions d’euros en 1999 à 1,6 milliard d’euros en 2008, avec une progression notable depuis 2005, date de lancement du plan Émergence dédié à l’industrie, la conjoncture internationale a, depuis deux ans, sabré les budgets des principaux partenaires du Maroc.

De 2008 à 2009, la France (44 % des IDE) a réduit ses investissements de 928 millions à 663 millions d’euros, et l’Espagne (14 % des IDE) de 230 millions à 141 millions d’euros. Une tendance qui se confirme en 2010 pour les deux pays. Quant aux Émirats arabes unis, troisième pourvoyeur d’IDE (8 %), en pleine restructuration financière, ils ont d’autres priorités. En témoigne le gel de la participation de Sama Dubai dans le projet immobilier d’Amwaj, à Rabat. Raison de plus pour les autorités marocaines, convaincues que l’amélioration des infrastructures, couplée aux plans sectoriels, finira par payer, de redéployer leur stratégie d’attraction des IDE.

Les grands moyens

L’effort en matière d’aménagement du territoire a été gigantesque. Tête de pont sur la Méditerranée et l’Atlantique, le port de Tanger Med (ouvert en 2002), dont la seconde phase de travaux a été lancée en avril : son trafic maritime est déjà supérieur à celui du port de Marseille. Et ce n’est qu’un début. Par ailleurs, les travaux du TGV Tanger-Casablanca viennent de commencer et, si les délais sont respectés, en 2015, le détroit de Gibraltar ne sera plus qu’à 2 h 15 de la capitale économique.

À Casablanca, dans le sillage de Casanearshore, les parcs d’activités dédiés se développent : le holding Softgroup ouvrira mi-2011 la plus grande plateforme logistique du pays dans le quartier industriel de Sidi Bernoussi. Sans oublier le projet de Casablanca Finance City (CFC), qui vise à créer, dans l’ancien aéroport, une zone consacrée aux professionnels de la finance. Le projet, pour lequel les premières mesures incitatives ont été intégrées dans le budget 2011, viendrait renforcer la Bourse de Casablanca, première du Maghreb par sa capitalisation, qui, elle-même, constitue déjà un pôle de plus en plus attrayant pour les investisseurs étrangers.

D’autres régions, auparavant délaissées, ont fait l’objet de « mini-plans Marshall » : pas moins de 4,1 milliards d’euros en trois ans pour la seule région de l’Oriental, dans le Nord-Est , avec, à la clé, autoroute, voies ferrées, technopole, parc éolien et station balnéaire.

Reste que, si ces infrastructures séduisent les grands groupes – tel Renault, qui, au grand soulagement des Marocains, a confirmé l’installation de sa grande usine à Tanger (650 millions d’euros d’investissement) –, le secteur industriel est encore en construction et souffre de plusieurs faiblesses.

Des filières identifiées comme prioritaires, tels l’offshoring ou l’électronique, restent concentrées sur des produits à faible valeur ajoutée, comme les centres d’appels ou les semi-conducteurs, plus vulnérables aux délocalisations que les produits à forte valeur ajoutée.

Pénurie de compétences

Le royaume fait des efforts pour monter en gamme, vers l’ingénierie informatique et industrielle, mais se heurte à un manque de personnel qualifié. Des plans de formation ont été lancés autour des métiers promus par le plan Émergence (automobile, électronique, aéronautique, offshoring de services), mais qui ne livreront de nouveaux effectifs que dans trois ou quatre ans. En attendant, conséquence de la pénurie de compétences, l’inflation des salaires des ingénieurs bat son plein dans certaines régions (plus de 20 % en deux ans à Tanger, selon des industriels du Nord).

Que de chemin parcouru, cependant, sachant qu’il y a dix ans le tissu industriel marocain se résumait aux secteurs agroalimentaire et textile. Jusqu’à présent, les plans Émergence (industrie), Vision 2010 et 2020 (tourisme), éolien et solaire ont centré leurs efforts sur les grands groupes.

Désormais, c’est pour les PME-PMI étrangères qu’il s’agit de dérouler le tapis rouge. Leur présence est indispensable pour ancrer durablement l’activité des groupes internationaux dans le pays… Des initiatives dans leur direction ont pris forme, en particulier au sein des centres régionaux d’investissement (CRI), afin de constituer un tissu de sociétés sous-traitantes ou travaillant dans des domaines connexes à ceux des multinationales. L’aéronautique et l’offshoring sont en passe de réussir cette mutation, les secteurs de l’automobile, de l’électronique, du tourisme et des énergies renouvelables en sont encore loin.

De terres inconnues à terrain conquis

Parce qu’il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier, et pour s’adapter aux évolutions de l’économie mondiale, il s’agit par ailleurs d’attirer de nouveaux partenaires du Nord, mais aussi du Sud, en particulier africains. Quelques groupes ont sauté le pas, quelques entrepreneurs sénégalais, camerounais et ivoiriens ont étudié dans le pays et y ont créé des entreprises. Cependant, ils restent trop peu nombreux.

Les « caravanes de l’export » organisées depuis un an dans déjà plus de dix pays subsahariens, obtiennent un franc succès auprès de PME marocaines, mais sont parfois perçues comme « envahissantes » par les Subsahariens visités. En outre, la plupart des patrons marocains sont tournés vers l’Europe et le Maghreb. Ils connaissent un peu le Sénégal, mais guère les autres pays du continent, ni la nécessité de s’adapter quand ils y font des affaires. Difficile, par exemple, de se faire à une gestion généralement plus participative qu’au Maroc – les difficultés managériales de Maroc Télécom dans sa filiale burkinabè, Onatel, l’illustrent.

S’il veut se présenter, sans rougir, comme étant une plateforme incontournable pour desservir l’Afrique et l’Europe, le Maroc a donc du chemin à faire, et il en est conscient.

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