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Investir au Maroc pour investir en Afrique

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Mustapha Mourahib : « Le royaume a bien résisté à la dernière crise financière »

Avocat associé du cabinet international Clifford Chance à Paris, Mustapha Mouharib est un expert en banque et finance spécialisé dans les acquisitions et investissements, en particulier au Maroc. Entretien.

Mis à jour le 21 décembre 2010 à 10:34

Mourahib estime que le Maroc est une plateforme pour les groupes étrangers qui visent l’Afrique. © D.R.

Jeune Afrique : Où en est la politique marocaine mise en œuvre pour attirer les investissements ?

Mustapha Mourahib : Il y a dix ans, le Maroc développait des relations commerciales et financières principalement avec les investisseurs français, espagnols et moyen-orientaux. Il cherche désormais à établir des partenariats avec les investisseurs présents sur les grandes places financières comme Londres ou New York, et avec ceux des Bric : Brésil, Russie, Inde, Chine.

Outre les secteurs traditionnels comme l’agriculture, les infrastructures et les télécoms, il existe de nombreuses opportunités dans l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’offshoring, la grande distribution, la santé, l’eau et l’énergie, et un marché potentiel de 30 millions de consommateurs, avec une classe moyenne en plein essor.

Enfin, le pays a plutôt bien résisté à la dernière crise financière. Cela est dû notamment à la diversification de son économie et à un système de régulation bancaire et financière indépendant et efficace.

Pourtant, l’insécurité juridique reste un frein à l’investissement… Cette situation semble-t-elle évoluer ?

La sécurité juridique est primordiale pour les investisseurs internationaux. Le plus souvent, ils choisissent le droit français, américain ou anglais pour régir les contrats qu’ils concluent au Maroc et prévoient des clauses d’arbitrage pour résoudre les litiges. Ils craignent notamment le parti pris des tribunaux marocains en cas de litiges avec des opérateurs nationaux. Conscientes de la nécessité de rendre le système plus efficient, les autorités marocaines s’efforcent d’encourager la médiation et l’arbitrage, tout en engageant une réforme du système judiciaire dans son ensemble. C’est indéniablement un signe positif pour les investisseurs étrangers.

Autre handicap : la main-d’œuvre et les cadres, qui ne sont pas toujours suffisamment qualifiés…

La diversification économique engagée au Maroc crée de nouveaux besoins sur le marché du travail. Et c’est la raison pour laquelle chaque nouvelle filière que le pays souhaite développer intègre une réflexion sur la formation professionnelle, avec l’objectif de faire de l’intégration industrielle. 

Est-il véritablement intéressant de s’installer au Maroc pour percer sur les marchés africains ?

Dans la stratégie des grands groupes, le royaume est perçu comme une plateforme de projection de leurs activités en Afrique subsaharienne : ils y trouvent une connaissance de ces marchés, des liaisons aériennes très fréquentes et un réseau bancaire présent dans les pays francophones. Ce n’est pas un hasard si les grandes banques et entreprises de télécoms françaises s’appuient sur des groupes marocains pour développer leurs activités africaines.

Le royaume dispose-t-il de cabinets juridiques de classe internationale ?

Depuis une dizaine d’années, les grandes entreprises marocaines s’entourent naturellement de conseils juridiques de grande qualité, qu’ils soient présents au Maroc ou à l’étranger. Par ailleurs, plusieurs cabinets d’avocats français ont ouvert des bureaux au Maroc, et certains cabinets internationaux y réfléchissent sérieusement.