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Investir au Maroc pour investir en Afrique

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Entreprises : l’eldorado marocain, mythe ou réalité ?

Qu’ils soient hommes d’affaires aguerris ou entrepreneurs en puissance, africains du Nord, subsahariens ou marocains résidant en Europe, ils ont développé un projet ou créé leur société dans le royaume. Avec quelques facilités en plus, ils pourraient être bien plus nombreux.

Mis à jour le 21 décembre 2010 à 10:34

Le Mazagan Beach Resort a été ouvert en fin 2009 à El-Jadida. © Gareth Cattermole/GETTYIMAGES

Pour la majorité des Subsahariens qui ont lancé une affaire au Maroc, ce sont les études qui les ont conduits ici. « Je voulais faire un 3e cycle et je savais que les écoles marocaines étaient d’un bon niveau. En vacances chez des amis à Rabat, je suis tombé sous le charme du pays, pour son cadre de vie et l’esprit famille. J’ai prospecté parmi les formations intéressantes et me suis inscrit à l’École supérieure d’informatique appliquée à la gestion », explique Badou Barka Bâ. Originaire de Dakar, il a été recruté par un cabinet d’assurances dès sa sortie de l’école, avant de monter sa société de conseil, Doley Informatique, avec un associé marocain. 

L’axe Dakar-Rabat

Cadres de multinationales ou manageurs recrutés à l’étranger par des groupes marocains, des expatriés sénégalais, camerounais ou ivoiriens se lancent aussi parfois dans l’aventure de la création d’entreprise. Parmi eux, les plus nombreux sont les entrepreneurs sénégalais.

Selon l’Association des ressortissants sénégalais résidant au Maroc (Arserem), il y aurait 1 000 dirigeants et cadres venus du pays de Senghor. La proximité culturelle et religieuse entre les deux pays l’explique, mais aussi les dispositions réglementaires favorables : un Sénégalais n’a pas besoin de contrat de travail pour s’installer et bénéficie des mêmes possibilités qu’un Marocain pour créer son entreprise.

Pour les autres, en revanche, le parcours est plus difficile : « Je suis en train de recruter un Congolais, mais les formalités sont longues. Avec le besoin de compétences grandissant, le Maroc sera contraint d’étendre progressivement à d’autres nationalités les facilités qu’il accorde aux Sénégalais », estime le Franco-Sénégalais Alioune Gueye, PDG d’Afrique Challenge, société de conseil établie à Casablanca.

Informatique (Djolof System, Webentic), conseil (Caper Formation, Afrique Challenge, Doley Informatique), télécommunications (Touba Telecom), import-export… les Subsahariens établis au Maroc se concentrent principalement dans le secteur des services, qui nécessite généralement un apport en capital moins important que les autres au démarrage.

Plus rares sont les investissements dans le secteur industriel. Pourtant, certains patrons de PME y songent, à l’instar de Stéphane Quenum, PDG d’Esteval, fabricant dakarois de jus de fruits tropicaux, qui s’apprête à créer une coentreprise avec un embouteilleur marocain : « M’associer avec un industriel marocain me permettra de bénéficier de technologies dont je ne dispose pas au Sénégal, mais aussi de capitaux complémentaires, car mon partenaire a une bonne assise financière. C’est surtout l’opportunité de m’attaquer aux marchés maghrébins et, pourquoi pas, plus tard à l’Europe, depuis le Maroc », explique-t-il.

Il reste cependant beaucoup à faire pour accueillir de grands groupes africains, qu’ils soient du nord ou du sud du continent. À l’exception notable du distributeur de carburant Oil Libya, du groupe hôtelier américano-sud-africain Kerzner ou du fonds d’investissement Tuninvest (avec Marocinvest), ils sont encore peu nombreux à avoir pris la route du Maroc. 

Les MRE rongent leur frein

Un autre gisement d’investissements semble pour l’heure sous-exploité : celui des Marocains résidant à l’étranger (MRE) désireux de créer une activité dans leur pays d’origine.

« Alors qu’on déroule le tapis rouge pour les grands groupes internationaux, les cadres et petits patrons marocains d’Europe qui veulent créer ici leur entreprise ont des difficultés à le faire. Il n’existe pas de véritables mesures pour les inciter à investir. Ils sont mal considérés par les banques marocaines, qui leur accordent difficilement des prêts », indique Essalam Aarfan, coordinateur d’IntEnt Maroc, association créée en 2008 par la fondation néerlandaise IntEnt pour l’accompagnement à la création d’entreprise par d’anciens émigrés en Europe.

« Certains finissent par renoncer et se contentent de projets immobiliers », déplore-t-il. Dans un proche avenir, ces PME créées par des cadres marocains venus du Nord ou des Subsahariens venus du Sud pourraient constituer un tissu d’entreprises dynamique, dont le royaume a besoin. Encore faut-il, sans trop tarder, répondre à leurs besoins spécifiques.