Économie

Vodacom : fin de partie à Kinshasa

Mis à jour le 16 décembre 2010 à 12:00

La guerre entre actionnaires aura finalement eu raison de la présence de Vodacom en RD Congo. Au moment où les majors des télécoms cherchent à consolider leurs positions en Afrique, le groupe sud-­africain se voit contraint, sauf retournement de situation, de céder sa filiale ­congolaise. Et ce alors qu’il est numéro un du marché, avec 3,6 millions d’abonnés, et que les perspectives sont prometteuses : sur 72 millions d’habitants, moins de 20 % possèdent un téléphone portable.

Mais la décision de vendre semble inéluctable. En conflit depuis cinq ans avec le consortium Congolese Wireless Network (CWN, 49 % du capital), Vodacom (51 %) n’est plus en mesure d’atteindre le quorum nécessaire lors des conseils d’administration pour piloter l’entreprise. Au cœur de la bisbille, des reproches de mauvaise gestion. D’après Alieu Conteh, PDG de CWN, Vodacom aurait prélevé indûment 166 millions de dollars (environ 127 millions d’euros) de frais de gestion dans les caisses de sa filiale. Une interprétation récusée par le groupe sud-africain, qui justifie ces prélèvements par des remboursements de prêts accordés à Vodacom-Congo.

Selon l’accord signé le 5 novembre, les deux parties s’engagent à trouver un repreneur avant fin février. Désireux de clore au plus vite cette affaire, le camp d’Alieu Conteh devrait demander dans les prochains jours la suspension de la procédure d’arbitrage engagée à Bruxelles selon le règlement de la Chambre de commerce internationale.

Résultats en berne

Plusieurs banques sont en lice pour accompagner le deal : le Crédit suisse, Nomura, Rothschild, la Société générale et Standard Bank. Une fois le partenaire bancaire désigné, les dossiers des prétendants pourront être étudiés. « Le sud-­africain MTN, le français Orange, l’indien Reliance, l’angolais Unitel et le japonais NTT Docomo ont déjà fait part de leur intérêt », révèle un partenaire d’Alieu Conteh. Cependant, aucun n’aurait à cette heure déposé de proposition écrite.

Les exigences des propriétaires actuels n’ont en revanche rien de virtuel. Des sources proches du dossier évoquent 1,5 milliard de dollars (400 millions de dollars de dettes comprises). Une évaluation ­davantage fondée sur une profitabilité potentielle que sur les résultats actuels qui, eux, rendent bien compte des difficultés des actionnaires à travailler de concert. De mars à septembre 2010, la marge Ebitda (revenu avant intérêts, impôts, taxes, dotations et provisions) de Vodacom-Congo n’était que de 10,9 %. Bien loin des standards de la zone, qui tournent autour de 30 %. Pis encore : depuis avril 2007, les pertes opérationnelles cumulées de la filiale s’élèvent à 175 millions de dollars.

Toutefois, pour Alieu Conteh, les performances de l’entreprise ne sont plus au cœur des débats. L’homme d’affaires aurait de nouveaux projets, toujours dans les télécoms. On le dit très intéressé par le potentiel du haut débit en Afrique. Du côté de Vodacom, le retrait de RD Congo ne signifiera pas la fin des ennuis. Au Mozambique, les résultats de l’opérateur sont affectés par la mauvaise santé économique du pays, alors qu’en Tanzanie la guerre des prix l’a contraint à baisser considérablement ses tarifs au cours de dix-huit derniers mois.