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La maladie de la zone euro est-elle contagieuse ?

Mis à jour le 17 décembre 2010 à 17:38

L’euro est malade et l’Europe aussi. La monnaie unique, qui atteignait 1,40 dollar il y a un mois, est passée le 30 novembre sous les 1,30 dollar pour la première fois depuis septembre. Jour après jour, les marchés infligent aux pays du Vieux Continent accablés de dettes des taux d’intérêt astronomiques. Les ­Bourses chutent. L’Afrique peut pâtir de ces turbulences… mais aussi en profiter !

Les déficits astronomiques de la Grèce, qui ont effrayé les investisseurs au début de cette année, ont laissé la place aux pertes abyssales des banques irlandaises que le gouvernement de Dublin a été obligé d’endosser, faisant exploser ses propres déficits. Il faut dire que l’Irlande était une impressionnante « bulle » immobilière où tout le monde s’était improvisé promoteur et profitait de prêts bancaires laxistes.

Comme dans le cas de la Grèce, les marchés ont infligé à l’Irlande une hausse spectaculaire des taux auxquels elle peut refinancer son endettement. Il a fallu la promesse d’un plan de sauvetage de 85 milliards d’euros par l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) pour que cette poussée de fièvre se calme un peu… et renaisse aussitôt au sujet du Portugal, très endetté, de l’Espagne, très déficitaire, et même de l’Italie.

La France s’est empressée de faire savoir, par la voix de sa ministre de l’Économie, Christine ­Lagarde, que ses finances étaient saines et que sa notation triple A – la meilleure – n’était pas menacée. Il n’empêche : les financiers doutent et se demandent quel est le pays européen dont la dette pourrait ne pas être remboursée.

Pour l’Afrique, ces tempêtes financières sont dangereuses, par ricochet. Certes, elles ne menacent en rien ses Bourses et ses budgets. En revanche, elles ont de grandes chances de déboucher sur un coup de frein de la croissance européenne.

En effet, soit l’Europe persiste à soutenir sa demande sans réduire ses déficits colossaux, et les marchés lui infligeront des taux d’intérêt qui étoufferont sa reprise, soit elle se met à l’austérité comme on le voit en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en France ou au Royaume-Uni, et sa machine économique risque de caler. Le Vieux Continent ne semble avoir d’autre choix que la peste ou le choléra.

Dans les deux cas, l’Europe importera en moindre quantité matières premières et produits des pays du Sud, et leurs travailleurs immigrés en Europe auront moins de travail et moins d’argent à envoyer à leurs familles. La bonne forme et donc la hausse des importations de la Chine, de l’Inde et du Brésil ne compenseront pas le manque à gagner qui en résultera pour les économies africaines.

Mais il faut aussi voir les opportunités que ces turbulences offrent aux Africains. Tout d’abord, le recul de l’euro est une bénédiction pour les pays de la zone franc CFA, dont les produits étaient handicapés jusqu’à présent par la baisse continue du dollar par rapport à la monnaie européenne à laquelle le franc CFA est adossé.

Mieux encore : déçus par les médiocres perspectives européennes, les investisseurs regardent d’un autre œil le monde en développement. Ils redoutaient son instabilité et sa gouvernance aléatoire ; ils découvrent son potentiel de croissance. Les capitaux privés en provenance des pays du Nord ont pris le chemin de Rio, Bombay et Shanghai en quête d’une rémunération supérieure à celle qu’ils peuvent espérer à New York, Paris et Francfort.

Toutes les études montrent que cet engouement des financiers pour le Sud est en train de profiter à l’Afrique, où les gains potentiels s’annoncent encore plus importants. Il faut que ce continent retrousse ses manches. Il doit persévérer dans la voie des réformes et de la bonne gouvernance pour ne pas rater l’arrivée de ces fameux investissements directs étrangers (IDE) sans lesquels il n’est point de décollage durable.