Politique

Guillaume Soro en mission

Reconduit dans ses fonctions de Premier ministre par Alassane Ouattara, l’ancien chef rebelle a deux atouts : il maîtrise le volet militaire et connaît très bien l’administration.

Mis à jour le 13 décembre 2010 à 15:44

Avec treize ministres, l’équipe de Guillaume Soro est plus que resserrée. Un gouvernement d’urgence, d’action et de combat dirigé par celui qui fut « chef de guerre » lors de la tentative de putsch, en 2002. Un casting imposé par la situation.

Alors que le Conseil constitutionnel invalidait les résultats de la Commission électorale indépendante (CEI), entre les journées du 2 au 3 décembre, l’ancien président Henri Konan Bédié suggérait au président élu Alassane Ouattara de choisir Guillaume Soro. Le poste était pourtant promis au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Les deux leaders du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ont fait un constat très simple : s’ils ont gagné la bataille des urnes, s’ils peuvent relever le défi de la rue contre le camp Gbagbo, ils sont démunis sur le plan militaire. Soro – qui occupe également le poste de ministre de la Défense – leur apporte ce « savoir-faire » avec ses ex-rebelles. Garant du bon déroulement des élections, Soro s’était éloigné des chefs militaires des Forces nouvelles depuis les accords de Ouagadougou, en mars 2007 – bon nombre d’entre eux considérant même qu’il avait trahi la cause en faisant trop de concessions au chef de l’État. Gbagbo l’usurpateur a reconstitué l’union sacrée. « Nous avons tous joué le jeu du rapprochement, explique un ancien ministre du Rassemblement des républicains [RDR]. Il fallait rassurer Gbagbo et l’amener à la présidentielle, mais nous n’avons jamais renoncé à notre lutte. »

Pour choisir les ministres, Bédié, Ouattara et Soro se sont concertés. Aucun maroquin, excepté la Défense, n’a été accordé aux Forces nouvelles. Cela pourrait venir dans un second temps. Le RDR et le PDCI se partagent donc l’essentiel des postes. Bédié obtient la Justice pour l’un de ses inconditionnels, Me Jeannot Kouadio Ahoussou. Les Infrastructures économiques et la Jeunesse et les Sports ont été réservés à deux autres fidèles, Patrick Achy et Dagobert Banzio. Idem pour les clés des Affaires étrangères, remises à Gervais Jean-Baptiste Kouakou, ancien ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, et celles de la Production animale et les Ressources halieutiques, confiées à un ancien pharmacien, Rémi Kouadio Allah.

ADO, quant à lui, a mis un très proche, Hamed Bakayoko, à l’Intérieur, et a affecté le portefeuille des Mines et de l’Énergie à Adama Toungara, et celui de l’Éducation nationale à Kandia Camara. Il a placé son directeur de campagne, Amadou Gon Coulibaly, au poste de secrétaire général de la présidence pour assurer le lien avec le gouvernement Soro. Très convoité, le poste de grand argentier a été remis à Charles Koffi Diby. Il se susurre que Dominique Strauss-Kahn, patron du Fonds monétaire international (FMI), l’aurait personnellement appelé pour lui demander de rejoindre le train Ouattara. Enfin, Albert Mabri Toikeusse (Plan et Développement) et Konan Gnamien (Fonction publique) doivent leur poste à leur fort engagement durant l’entre-deux tours.

Faire basculer les fonctionnaires

Après quelques journées de travail, la mayonnaise semble prendre. Soro connaît plusieurs ministres pour avoir déjà travaillé avec eux et parvient sans peine à s’imposer à la barre. Cap suivi : « étrangler financièrement Gbagbo pour qu’il ne puisse plus gouverner », confie un ministre. Les opérateurs économiques, réputés plus favorables au camp Ouattara, pourraient jouer le jeu. « On a un argument de poids, reconnaît l’un deux. On ne va pas payer deux fois nos taxes. »

Le ministre de la Justice indique pour sa part avoir saisi les organisations Human Rights Watch et Amnesty International ainsi que la Cour pénale internationale. Le gouvernement souhaite aussi envoyer aux Nations unies une liste de noms de personnalités qui pourraient faire l’objet de sanctions (interdiction de voyager notamment). « On compte ainsi restreindre l’activité diplomatique du président Gbagbo », précise un autre membre du gouvernement, prenant en exemple le voyage avorté à Ouagadougou du ministre des Affaires étrangères de Gbagbo, Alcide Djédjé. Le gouvernement espère aussi faire basculer toute l’administration : fonctionnaires, préfets, sous-préfets, magistrats, agents publics des douanes… En jouant sur ces différents leviers, le gouvernement Soro – qui a appelé les Forces de défense et de sécurité (FDS) à assurer leur mission républicaine au service d’Alassane Ouattara – entend faire plier Laurent Gbagbo et accéder aux institutions de la république sans verser une goutte de sang.