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Énergies conjuguées

| Par Jeune Afrique
Le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi (à g.), accueillant son homologue libyen à Tunis.

Le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi (à g.), accueillant son homologue libyen à Tunis. © Hichem

Partenariat tuniso-libyen pour la construction d’une raffinerie, coopération tuniso-algérienne renforcée en matière de gaz, d’électricité et de prospection pétrolière… Il est au moins un domaine où l’intégration progresse.

À défaut d’unité politique, le Maghreb connaît une activité prometteuse en matière d’intégration et de coopération dans le domaine de l’énergie. Simple hasard du calendrier, deux délégations gouvernementales de haut niveau, l’une libyenne, l’autre algérienne, se sont succédé, depuis la fin du mois d’octobre, dans la capitale tunisienne. Mahmoud Baghdadi, le Premier ministre libyen, est venu informer le président Zine el-Abidine Ben Ali que Tripoli était prêt à nouer un partenariat avec Tunis pour la construction d’une raffinerie de pétrole dans le Sud tunisien. De son côté, le ministre algérien de l’Énergie et des Mines, Youcef Yousfi, est convenu avec son homologue tunisien, Afif Chelbi, d’accélérer la coopération dans les domaines de l’approvisionnement en GPL algérien, de l’interconnexion électrique et de la prospection pétrolière.

Le projet phare est bien entendu la construction d’une raffinerie de pétrole, dans la zone portuaire de Skhira, à 60 km au sud de Sfax, dans le golfe de Gabès. D’un coût estimé à 1,8 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros), pour une capacité de 32 millions de barils par an, soit 100 000 barils par jour (b/j), elle est destinée à satisfaire la demande locale et à prendre le relais de la seule raffinerie du pays, celle de Bizerte, saturée et vétuste, opérée par la Société tunisienne des industries du raffinage (Stir). Le chantier devait faire l’objet d’un contrat de concession avec un investisseur privé. En octobre 2007, Qatar Petroleum remporte l’appel d’offres international lancé à cet effet. Mais crise financière oblige, la compagnie qatarie s’est désistée en 2008 au profit de la britannique Petrofac, spécialisée dans l’engineering pétrolier. Celle-ci, qui était sur les rangs lors de l’appel d’offres, est convenue avec Tunis d’élaborer une formule de partenariat et de financement. Présentée l’été dernier, l’offre, qui réduit l’apport de Petrofac et de l’État tunisien en fonds propres, n’a pas reçu l’assentiment des autorités tunisiennes.

C’est alors que les Libyens, arguant que ce projet a toujours figuré à l’ordre du jour des commissions mixtes tuniso-libyennes, ont proposé de le réaliser via un partenariat. Selon quelle formule ? C’est l’objet des négociations engagées au début de décembre à Tripoli entre les responsables de l’énergie des deux pays. Dans les milieux pétroliers, on estime que les principaux points en discussion sont la question du financement et les conditions de l’approvisionnement en brut. Car la production locale ne représenterait que la moitié de la consommation de brut par la future raffinerie, l’autre moitié devant être importée de Libye. Or cette part serait plus élevée au cas où les Libyens demanderaient que l’on porte la capacité au-delà des 100 000 b/j initialement fixés, ce qui permettrait de dégager un excédent exportable.

Des projets stratégiques

L’un des atouts de Skhira est sa proximité avec la Jamahiriya, ce qui permettra de réduire le coût d’acheminement du brut. En outre, la raffinerie sécurisera l’approvisionnement du pays, qui est actuellement à flux tendus (les distributeurs ne disposent pas de stocks stratégiques) et à la merci des aléas du marché mondial des produits raffinés, avec une tendance à la hausse dans le futur. Grâce à Skhira, les Tunisiens pourront aussi transformer localement 100 % de leur brut (contre moins de 10 % actuellement). Enfin, le chantier débouchera sur la création de 4 000 emplois. Une fois opérationnelle, la raffinerie comptera 500 salariés permanents.

Présente dans le secteur énergétique tunisien depuis 2005, Petrofac, dont les études sont très avancées, a déjà exprimé sa disposition à entrer dans le partenariat tuniso-libyen. Quelle que soit la formule retenue, cette compagnie fait figure de partenaire technique obligé dans la mesure où c’est à l’engineering de préparer les appels d’offres pour les fournisseurs d’équipements et les sous-traitants. Petrofac pourrait ainsi superviser la construction et la formation du personnel, et assurer la garantie de performance et l’administration de la raffinerie jusqu’à ce qu’elle devienne opérationnelle à 100 %.

Avec l’Algérie, les opportunités d’intégration, déjà anciennes avec le passage du gazoduc Algérie-Italie sur lequel la Tunisie perçoit des redevances en nature depuis 1984, se diversifient et gagnent en visibilité. Depuis que Tunis a décidé, il y a trois ans, de s’approvisionner en gaz propane et butane en Algérie, les ménages du pays ont dans leurs cuisines des bonbonnes remplies de GPL algérien. Mieux, Youcef Yousfi est convenu avec son homologue Afif Chelbi que l’Algérie approvisionnera désormais directement les villes frontalières tunisiennes en GPL. Il est même question de stocker du GPL algérien en Tunisie pour couvrir la demande locale et pour l’export. Les deux pays ont également examiné des projets pour renforcer leur interconnexion électrique. À cette occasion, Youcef Yousfi a confirmé que Numhyd, la société pétrolière lancée en 2003 à égalité par les deux compagnies nationales Sonatrach et Etap, venait de découvrir du pétrole dans le périmètre du gisement Hamra qu’elle prospectait en Algérie. Et qu’elle s’apprêtait à faire de l’exploration offshore dans les eaux territoriales tunisiennes (sur le permis Kaboudia, au sud du golfe de Hammamet), en 2011. « Notre coopération est excellente », a dit Yousfi. Le marché commun européen a commencé avec des projets stratégiques conjoints dans les années 1950. Le Maghreb se serait-il enfin décidé à marcher sur ses traces ? 

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