Politique

Diplomatie des canadairs

En envoyant deux bombardiers d’eau pour lutter contre l’incendie du mont Carmel, Erdogan a tendu une perche, vite saisie par Netanyahou.

Mis à jour le 15 décembre 2010 à 11:15

Après le désastre du raid israélien contre une flottille humanitaire, le 31 mai au large de Gaza, la « diplomatie des canadairs » portera-t-elle ses fruits ? En envoyant deux bombardiers d’eau pour aider les Israéliens à éteindre le gigantesque incendie du mont Carmel, Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc, a tendu une perche que son homologue israélien, Benyamin Netanyahou, s’est empressé de saisir en lui téléphonant pour le remercier et en dépêchant un émissaire à Genève afin de renouer les fils du dialogue.

Certes, Erdogan a précisé avoir envoyé les avions « pour des raisons humanitaires et islamiques » et continue d’exiger des excuses et un dédommagement pour les victimes turques (morts et blessés) en préalable à tout rapprochement – et à l’envoi d’un nouvel ambassadeur, le précédent ayant été rappelé à Ankara. Mais nul n’a intérêt à ce que la rupture se prolonge. Netanyahou, parce qu’un comité d’experts de l’ONU doit rendre en février prochain ses conclusions sur le drame ; Erdogan, parce qu’il a besoin d’améliorer son image. Dans les télégrammes divulgués sur WikiLeaks, Gabby Levy, l’ambassadeur de l’État hébreu à Ankara, ne l’accuse-t-il pas de « détester » les Israéliens pour des « raisons religieuses » ?

Netanyahou a donc chargé Yosef Ciechanover, le représentant d’Israël au sein du comité d’experts de l’ONU, de négocier avec le Turc Feridun Sinirlioglu, secrétaire adjoint aux Affaires étrangères. Un document a été élaboré. Il prévoit d’indemniser les victimes mais achoppe sur les termes juridiques. Les Israéliens souhaitent exprimer aux familles des victimes leurs « regrets » ; Ankara leur demande de présenter des « excuses » à la République de Turquie.

Mais si les intérêts des deux pays plaident en faveur d’une réconciliation qui, de fait, semble imminente, Netanyahou reste prisonnier de son alliance avec son ministre des Affaires étrangères, l’extrémiste Avigdor Lieberman. Fin juin, celui-ci avait déjà fait capoter une première tentative de rapprochement entreprise par Benyamin Ben-Eliezer, son collègue du Commerce. « Présenter des excuses à la Turquie serait céder à la terreur », ont fait savoir des collaborateurs de Lieberman au quotidien israélien Haaretz.