Politique

Dos au mur

Mis à jour le 20 décembre 2010 à 11:53

Il y a deux manières de raconter le « bloody thursday » d’Abidjan. Avec les mots des témoins de ce 16 décembre 2010, qui relatent comment un pouvoir issu des urnes mais confiné dans un hôtel a tenté ce jour-là de conquérir sous les balles le siège de la Radio Télévision ivoirienne. Et avec les images que cette même RTI, toujours aux mains d’un pouvoir dos au mur et désormais illégitime, a montrées le soir dans son long journal quotidien, entre un documentaire sur le génocide rwandais et la rediffusion du film de Patrick Benquet sur les turpitudes de la Françafrique.

Pendant que s’enflammaient Adjamé, Abobo et les abords du Golf, Laurent Gbagbo présidait le deuxième Conseil des ministres de son nouveau mandat. On le voit plein écran, mains dans les poches et le sourire aux lèvres, écoutant l’un de ses collaborateurs expliquer gravement que les salaires de décembre seront payés et que l’inflation sera contenue. Puis un reportage montre quelques-uns des nouveaux ministres forçant avec l’aide d’un huissier les bureaux de leurs prédécesseurs « passés à l’ennemi ». Longue séquence horrifiée, enfin, sur les déprédations commises par les émeutiers, présentés comme un gang d’immigrés sahéliens armés de machettes et de chasseurs dozos bardés d’amulettes. Le commentaire d’un chef de la police se veut rassurant : « Ne vous inquiétez pas, nous sommes là pour vous protéger, tout est sous contrôle… »

Quand on sait que le JT du soir de la RTI rassemble jusqu’à 85 % de parts d’audience dans le Sud (les médias du Nord, tout aussi unilatéraux, étant entre les mains des Forces nouvelles), on mesure mieux pourquoi le président élu Alassane Ouattara et son Premier ministre Guillaume Soro en ont fait un enjeu fondamental. À l’heure où ce numéro de J.A. allait sous presse, la RTI était plus que jamais « télé Gbagbo ». Jusqu’à la lie…

 

 

 

 

 De gauche à droit et de haut en bas : Partisans d’Alassane Ouattara dvant les cadavres de deux des leurs/ Arrestation d’un supporteur de Ouattara, le 16 décembre à Abidjan/ Affrontements entre les deux camps, dans le qaurtier d’Abobo/ Forces loyales à Laurent Gbagbo/ Le lendemain, il reçoit Jean Ping, le président de la Commission  de l’UA.

© Kambou Sia/Issouf Sanogo/AFP