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Face aux Wade, qui ?

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Les confréries sortent de l’isoloir

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Mis à jour le 6 janvier 2011 à 12:44

Après s’être risqués au jeu politique, les chefs religieux font désormais profil bas.

Mourides, tidianes, khadres, layènes… ne devraient pas recevoir de consigne de vote à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Les disciples des confréries musulmanes sénégalaises vont, pour une fois, jeter leur bulletin dans l’urne en n’écoutant que leur propre conscience. Une conjonction de facteurs milite en faveur de ce scénario.

Il y a d’abord la démystification de la consigne de vote d’émanation maraboutique. Le syndrome de 2000, quand Abdoulaye Wade a battu Abdou Diouf alors que celui-ci était publiquement soutenu par les principaux guides religieux du pays, effraie ces derniers, qui préfèrent garder le silence plutôt que d’être désavoués par les résultats.

Ce n’est pas tout. Le pedigree des actuels khalifes les dispose peu à se mêler de politique. Après avoir appelé à voter pour Abdou Diouf, Serigne Mansour Sy, khalife général des tidianes, ne peut plus se risquer à une nouvelle consigne. D’autant que ses rapports avec Abdoulaye Wade, l’actuel chef de l’État, sont en dents de scie.

Intronisé Guide suprême des mourides le 1er juillet, à la faveur du décès la veille de son prédécesseur, Serigne Sidy Mokhtar Mbacké n’est pas un client commode pour le régime. Adepte du soufisme, un courant de l’islam qui recommande de se couper des choses terrestres, il a vécu, avant d’accéder au khalifat, dans des villages reculés où il cultivait la terre et enseignait le Coran. Difficile à aborder, très peu disert sur tout ce qui ne touche pas à la religion, il intrigue les missi dominici de Wade qui se succèdent à Touba. Tous ceux qui connaissent le septième guide de la confrérie mouride le décrivent comme ayant un mépris souverain pour la politique et ceux qui la font.

Groupes politico-religieux

Mais si des consignes de vote ne sont donc pas envisageables au plus haut niveau des chapelles, elles ne sont pas totalement à exclure de la part de certaines tendances. Ainsi du remuant Serigne Modou Kara Mbacké, dirigeant d’une faction mouride et d’un petit parti politique, connu pour sa promptitude à pactiser avec les régimes successifs. Ainsi également du Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty, une branche de la confrérie des Tidianes dirigée par Serigne Moustapha Sy. Doté d’un sens politique certain et d’une réelle intelligence des situations, à la tête d’un groupe structuré et redouté, Serigne Moustapha Sy a toujours attendu la dernière ligne droite, à chaque élection, pour pouvoir situer les intérêts de son mouvement dans le jeu et appeler à voter en conséquence.