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Gazprom ou le retour de Moscou

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le président nigérian. © AFP

Algérie, Libye, Nigeria… Le géant gazier concrétise les ambitions africaines de la Russie annoncées depuis dix-huit mois.

Ce n’est pas avec sa découverte de gaz début novembre en Algérie (60 000 m3 par jour, soit 3 700 fois moins que la production algérienne) que Gazprom compte montrer au monde qu’après vingt ans d’absence la Russie est de retour en Afrique. Mais les annonces du premier exportateur mondial de gaz à propos du continent s’enchaînent, depuis la tournée « historique » du président Dmitri Medvedev dans plusieurs pays africains, en juin 2009.

« Je suis étonné de la vitesse à laquelle Gazprom avance. Il suffit de taper le nom du groupe assorti du mot “Afrique” sur internet pour s’en rendre compte », constate Bill Ramsey, de l’Institut français des relations internationales. Le 1er décembre, le géant russe a d’ailleurs annoncé l’acquisition prochaine, en coentreprise avec la compagnie pétrolière namibienne Namcor, d’actifs de Tullow Oil sur le champ Kudu. Le groupe britannique conserverait 31 % des parts, et le partenaire japonais Itochu 15 %.

La sécurité énergétique n’est pas un problème : la Russie détient plus du quart des réserves mondiales de gaz (pour encore au moins soixante ans) et reste le deuxième producteur de pétrole derrière l’Arabie saoudite. Mais « Gazprom voit ses concurrents des Bric [Brésil, Inde et Chine, NDLR] s’implanter et ne veut pas rester en dehors du jeu », explique Bill Ramsey. Une manière en outre pour Moscou d’élargir sa sphère d’influence, puisque derrière Gazprom, comme derrière son compatriote Rosneft (pétrole), la diplomatie russe n’est jamais loin – le président Medvedev n’était-il pas PDG de Gazprom avant son élection en 2008 ?

Le groupe aux 150 milliards d’euros de capitalisation boursière entend ainsi verrouiller les approvisionnements européens de gaz, qui proviennent pour 40 % de Russie. D’abord en Algérie, quatrième fournisseur de gaz à l’Europe, où Gazprom est présent depuis 2008, puis en Libye, où il opère déjà deux champs et détient une participation de 49 % dans deux autres puits. Le patron de Gazprom Libya a de fait qualifié, en novembre lors du North Africa Oil & Gas Summit de Vienne, l’Algérie et la Libye de « zone clé de production d’hydrocarbures ».

Pipeline transsaharien

L’autre champ de bataille est nigérian. Après avoir annoncé début décembre son désir d’acquérir des actifs d’extraction de gaz, Boris Ivanov, PDG de Gazprom International, expliquait : « Dans le futur, le Nigeria va devenir un fournisseur de gaz majeur sur le marché mondial, Europe incluse. Si nous ne commençons pas maintenant à travailler ici, nous en subirons les conséquences. C’est pourquoi nos capacités de production croîtront dans les cinq à sept ans. »

Déjà en 2009, Medvedev avait signé un investissement de 2 milliards d’euros incluant notamment une coentreprise avec Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) baptisée Nigaz. Exploration, production, construction d’une raffinerie… Cette signature a surtout permis à la Russie de se placer en première ligne sur le projet de pipeline transsaharien de 4 100 km jusqu’en Algérie, qui pourrait approvisionner directement l’Europe de 30 milliards de m3 de gaz par an, soit 10 % de sa consommation. Certes, ce projet est peu réaliste, selon les experts, car très coûteux, avec plus de 7 milliards d’euros d’investissements. Mais Moscou voit grand.

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