Politique

Un référendum, et après ?

Mis à jour le 24 janvier 2011 à 16:47

Au Nord aussi, les mois qui viennent s’annoncent délicats. La partition annoncée pourrait affaiblir le régime de Khartoum.

Le dessin d’une main levée est affiché partout dans la ville de Juba, la capitale du Sud. Sur les bulletins électoraux, elle représente la partition. Sauf (énorme) surprise, c’est l’option que devraient choisir les 3,8 millions d’électeurs appelés à se prononcer par référendum, du 9 au 15 janvier, sur l’avenir du Sud-Soudan. Et en cas de partition, le gouvernement de ce qui n’est encore qu’une région autonome aura ensuite six mois pour mettre en œuvre l’indépendance. La période de transition arrivera à son terme le 9 juillet 2011, jour anniversaire de la signature de l’accord de paix global (CPA). Le Nord et le Sud devront alors se réinventer seuls.

Si le Sud part de zéro, le Nord pourrait de son côté connaître une période de réorientation délicate dans les premiers mois. Après avoir longtemps défendu l’unité, le président Omar el-Béchir­­ a promis le 4 janvier, lors d’une visite à Juba, de respecter le choix des urnes. Réélu en avril 2010, le chef de l’État soudanais subit les critiques des partis d’opposition, qui lui reprochent de n’avoir pas su défendre l’intégrité du pays. Islamistes, communistes… Trente-­deux formations politiques, réunies le 5 janvier, ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un échec du régime et exigé des réformes politiques.

Autre dossier qui devrait revenir sur le devant de la scène : le Darfour. Khartoum est déterminé à céder le moins possible aux rebelles de l’Ouest. La délégation du gouvernement qui prenait part aux négociations de Doha a quitté le Qatar, le 30 décembre, en réclamant des changements à un projet d’accord pourtant déjà accepté par une coalition de mouvements rebelles. Bientôt amputé au sud, Khartoum est à la manœuvre pour ne pas voir cette région lui échapper.

Restera ensuite aux deux Soudans en mutation à se créer une nouvelle relation. « Bienvenue à un nouvel État frère, a dit El-Béchir à Juba. Nous allons coopérer parce que nous partageons plus que n’importe quel pays. » Les armées des deux gouvernements ont déjà promis de ne prendre part à aucun acte militaire qui suivrait le référendum, et un document engageant chaque État à ne pas soutenir de rebelles chez l’autre est en discussion. Mais de nombreux sujets de contentieux sont encore à régler : finaliser le tracé de la frontière ; répartir la dette du Soudan ; partager l’eau et le pétrole ; gérer le retour de centaines de milliers de Sud-Soudanais qui vivaient au Nord… Rester en bons termes : le défi des deux futurs divorcés.