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Cet article est issu du dossier «Agriculture : Sécurité alimentaire, le grand doute»

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Économie

Afrique du Sud : Les gagnants de la réforme agraire

Acquises à partir de 2007, ses cinq serres couvrent désormais 7 400m2.

Acquises à partir de 2007, ses cinq serres couvrent désormais 7 400m2. © Ben Van Niekerk/JA

La redistribution des terres conduite depuis 1994 par le gouvernement peine à donner des résultats : moins de 8 % des terres arables ont changé de mains, et 80 % restent exploitées par des Blancs. Parcours de ces fermiers émergents.

Sindi Sabela-Akpalu, manageuse de la coopérative Ikhwezi Farms

Elle n’aurait jamais imaginé se lancer dans l’agriculture. Diplômée en sciences de l’éducation, Sindi Sabela-Akpalu était chef de projet pour la sécurité dans les écoles au ministère de l’Éducation. Un emploi qu’elle quitte après la naissance de sa fille. Mais elle souhaite se remettre au travail lorsque celle-ci grandit. « Je possédais un terrain de 8,5 ha, acheté avec mon mari dans l’optique d’y investir un jour. Je me suis dit : pourquoi ne pas essayer d’y faire pousser quelque chose ? » se souvient-elle. En 2006, avec quatre amies, elle fonde la coopérative Ikhwezi Farms, à l’est de Pretoria. « Nous n’avions alors aucune connaissance en agriculture, se souvient-elle. Nous avons assisté à des réunions de fermiers émergents [fermiers noirs ou métis qui se lancent dans l’agriculture commerciale], et nous avons constaté que leur principal problème était l’accès au marché. » Avec ses collègues, Sindi commence à démarcher supermarchés, hôtels et vendeurs locaux. Leur plus gros succès : avoir réussi, en 2008, à convaincre Woolworths, une importante chaîne de supermarchés en Afrique du Sud, d’acheter leurs tomates, poivrons, haricots verts et épinards. « Il a fallu près de deux ans pour qu’ils acceptent de nous faire confiance. Mais nous avons continué à les relancer chaque semaine, jusqu’à ce qu’ils viennent nous voir. »

CONSEILS. Pas très loin de la ferme d’Ikhwezi se trouve une grosse exploitation agricole dirigée par des Blancs, Qutom Farms, qui fournit la même chaîne et offre des conseils pratiques et un support technique à la coopérative. « Cela nous a beaucoup aidées. Soutenir des fermiers émergents leur permet de recevoir des points BEE [Black Economic Empowerment, un programme de discrimination positive mis en place à partir de 2001 et qui oblige les entreprises à avoir des actionnaires ou partenaires noirs] », souligne Sindi. Il existe aussi de nombreux programmes qui permettent aux nouveaux fermiers de recevoir des aides. « Le problème, c’est qu’il faut se renseigner un peu partout et démarcher les gens, ce que certains fermiers émergents trouvent difficile. » Le ministère de l’Agriculture met un tracteur à sa disposition et lui accorde un prêt qui lui permet, à partir de 2007, d’acquérir ses serres. L’an dernier, le ministère du Commerce et de l’Industrie a financé un voyage aux États-Unis afin qu’elle puisse aborder la production de légumes avec des fermiers locaux. Et, en 2011, le ministère de l’Agriculture lui décerne le prix de « meilleure agricultrice de l’année ».

Dans une région ravagée par le chômage, cette femme de 46 ans emploie désormais quatorze personnes à plein temps. La plupart sont séropositives. « Je voulais donner une chance à ces jeunes. Aujourd’hui, ils réalisent qu’ils peuvent contribuer à la réussite d’un projet et ils bénéficient des bienfaits de la consommation quotidienne de légumes frais », indique-t-elle. L’an dernier, la coopérative a produit 867 tonnes de tomates. Motivée par ce succès, Sindi voit les choses en grand : « Depuis décembre, nous en avons cueilli 500 tonnes. Et la récolte est loin d’être terminée. » L’installation d’un système de chauffage est en projet et, depuis fin 2012, l’emballage des légumes se fait sur place. »

Aujourd'hui Jan Zim possède 42 bêtes et produit quotidiennement 520 litres de lait. © Patricia HuonJan Zim, éleveur de vaches laitières

Jan Zim, éleveur de vaches laitières Jan est le fils d’un travailleur agricole qui, en 1989, acquiert 162 ha près de Harrismith, à 270 km au sud de Johannesburg, dans un ancien bantoustan – région réservée aux Noirs sous l’apartheid -, pour y élever des vaches laitières. Quand celui-ci décède, en 1999, Jan, alors chauffeur de taxi, prend la relève. « Mon père n’avait que sept vaches et n’utilisait aucune mécanisation. Après dix ans de travail, il n’avait pas fini de payer sa ferme », soupire l’homme de 46 ans. Il achète de nouvelles vaches, obtient un prêt de la Land Bank – une banque publique qui apporte des financements aux agriculteurs noirs – et devient pleinement propriétaire de l’exploitation. En 2004, Nestlé, qui possède une usine à Harrismith et soutient des fermiers émergents, lui propose d’acheter tout son lait et lui prête de l’argent pour l’achat d’un générateur, d’un réservoir à lait et d’une machine à traire. « Au début, je fournissais à peine 25 litres par jour », se souvient Jan Zim. Il possède désormais 42 bêtes et produit quotidiennement 520 litres de lait.

 

 

 

 

Gift Mafuleka, entrepreneur agricole

A 31 ans, Gift a réalisé son rêve : il cultive du maïs et des légumes sur 342 ha à Bronkhorstspruit, à 50 km à l’est de la capitale. Diplômé en sciences agricoles à l’université de Pretoria en 2005, il est engagé par le géant McCain Foods comme chef de culture sur une ferme. Quand, quatre ans plus tard, la société annonce son intention de quitter les lieux, le jeune homme approche le ministère du Développement rural et de la Réforme agraire qui, dans le cadre du programme de redistribution des terres, rachète l’exploitation et la loue à Gift.

Si Gift ne gagne pour l'instant pas plus que lorsqu'il était employé, il a la satisfaction d'être son propre patron. © Jason Larkin/ Panos-ReaLa compagnie minière Petmin aide l’entrepreneur à acheter du matériel agricole, McCain lui accorde un prêt sans intérêts et lui achète sa production. La ferme réalise désormais un chiffre d’affaires de 3 millions de rands (243 000 euros). « Trop de gens se lancent dans l’agriculture sans réelle passion, souvent sans formation, en pensant réaliser de gros profits rapidement, dit le fermier, qui emploie désormais dix personnes – le triple en période de récolte. Le gouvernement les aide à démarrer puis, quand les fonds se tarissent, ils baissent les bras. » Si Gift ne gagne pour l’instant pas plus que lorsqu’il était employé, il a la satisfaction d’être son propre patron.

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