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Cet article est issu du dossier «Tunisie : les secrets d'une révolution»

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Politique

Tunisie : choix cornélien pour l’opposition

Faut-il ou non participer à un gouvernement d’union dont les postes clés sont occupés par des ministres de l’ancien régime ?

L’opposition tunisienne est face à son destin. Muselée, réprimée et privée de visibilité tout au long du règne de Zine el-Abidine Ben Ali, elle se retrouve aujourd’hui au centre du jeu. Le discrédit dont souffre le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), vomi par la population, lui autorise tous les espoirs. Mais elle doit s’organiser, agir vite et séduire. Son front commun contre le régime s’est fissuré et a volé en éclats dès les premières heures de la révolution. Les vieux clivages entre opposition démocratique et opposition radicale ont vite refait surface. Et les deux questions qui fâchent sont étroitement imbriquées : la participation au gouvernement et l’attitude à adopter face aux caciques de l’ancien régime.

Les trois formations légales de l’opposition réelle ont été invitées par le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, à rejoindre le gouvernement : le Parti démocratique progressiste (PDP) de Néjib Chebbi, le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) de Mustapha Ben Jaafar, et Ettajdid, l’ancien Parti communiste tunisien, dirigé par Ahmed Brahim. Dans un premier temps, toutes trois ont accepté. Tenus à l’écart des tractations, le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki, qui est rentré d’exil le 18 janvier, le Parti ouvrier communiste tunisien (POCT) de Hamma Hammami et les islamistes d’Ennahdha ont dénoncé un « gouvernement d’exclusion nationale ». « On peut regretter que le gouvernement provisoire ne fasse pas la part belle à toute l’opposition, tempère le politologue Larbi Chouikha. Mais les autorités ont privilégié le critère de la légalité, pour rester dans la logique de l’article 57 de la Constitution. »

Pression populaire

L’annonce par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) du retrait de ses trois représentants au gouvernement, un ministre et deux secrétaires d’État, le 18 janvier, pour protester contre la présence de ministres RCD aux postes clés, a fragilisé d’entrée le cabinet. Craignant d’être en décalage avec la rue, Mustapha Ben Jaafar, nommé à la Santé, a suspendu sa participation et exigé une révision de la composition du gouvernement. Ses revendications n’ayant pas été satisfaites, il a, le lendemain, annoncé son retrait. Ettajdid, dont le secrétaire général a hérité du poste de ministre de l’Enseignement supérieur, a fait monter la pression en exigeant que tous les ministres de l’ancien régime démissionnent du RCD. Il a obtenu satisfaction le lendemain.

Néjib Chebbi, qui a hérité du portefeuille, politiquement intéressant, de ministre du Développement régional, lui, n’a pas tergiversé. « Il fallait s’engouffrer dans la brèche et intégrer le gouvernement, car sinon, quelle aurait été l’alternative ? Un coup d’État militaire nous aurait fait perdre un temps énorme. Il faut vite aller aux élections », explique le leader historique de la plus structurée des formations de l’opposition, où on estime que la marge de manœuvre sera plus importante face à un pouvoir civil affaibli que face à un pouvoir militaire fort.

« Il ne faut pas dé­truire l’État et il ne faut pas que le pays sombre dans le chaos, met en garde Chebbi. Le rôle de l’élite politique consiste à offrir au mouvement révolutionnaire, qui n’a pas de leader, une issue qui lui permette de réaliser ses objectifs : la démocratie, la participation, la liberté et le développement économique et social. Il ne faut pas verser dans la surenchère. Nous devons saisir la perche qui nous est tendue. Des personnalités comme Ghannouchi ou Friaa sont des hommes de bonne volonté, intègres, qui n’ont pas de sang sur les mains, et avec qui il est possible de discuter. »

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