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Cet article est issu du dossier «Tunisie : les secrets d'une révolution»

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Tunisie : une économie bridée par la prédation

La croissance de l'économie tunisienne aurait pu être plus forte encore... © JA

À trop répéter que la Tunisie était un modèle de développement, on s’interdit de comprendre la dimension économique de la révolution qui la secoue, tant le décalage est spectaculaire entre sa macroéconomie et le vécu de ses habitants.

Certes, les fondamentaux étaient bons : déficits et monnaie maîtrisés, réserves confortables, inflation modérée, endettement bien plus sage que les ratios européens. En revanche, la Tunisie affiche le stigmate d’un taux de chômage de 30 % à 35 % de ses jeunes diplômés, un record au Maghreb qui n’a pas peu contribué à enrager la fameuse classe moyenne du pays angoissée pour l’avenir de sa progéniture. Pourquoi une telle anomalie ?

Le premier symptôme du mal tunisien est un taux moyen de croissance de 5 % par an, alors que la Banque mondiale estime qu’il pourrait être supérieur de deux ou trois points. Cette relative médiocrité s’explique d’abord par une insuffisance de l’investissement national, qui plafonne à 23 % du produit intérieur brut (PIB) et peut-être moins encore.

Autrement dit, les Tunisiens ne croient pas assez en leurs entreprises. Pour une part, ils sont sur la réserve en raison du culte de la parcimonie, qui leur est cher, mais aussi en raison de leur préférence pour la PME un peu opaque où l’on travaille en famille aux contrats de sous-traitance avec l’Europe dans le textile ou l’alimentaire.

Pratiques parasitaires

Mais cette frilosité avait une autre cause : les pratiques parasitaires qui, des formalités de douanes aux permis de construire, permettaient de détourner l’argent au profit des prédateurs de « la famille » Ben Ali et qui gaspillaient une énergie considérable. Dans ce contexte où un coup de téléphone suffisait à vous déposséder de votre droit de propriété, il était une question de survie de ne pas susciter de convoitise et de ne pas grandir. Or les employeurs susceptibles d’embaucher les diplômés ne sont pas les PME. Le salut ne peut venir que de start-up innovantes ou d’industries de taille moyenne en passe de mettre le cap sur l’international. Leur gestion transparente et professionnelle est seule capable d’attirer les investissements étrangers pour attaquer le marché européen et pas seulement vendre aux importateurs marseillais des dattes ou des olives.

Voilà comment la belle machine économique tunisienne désaccordée par la corruption a obligé des dizaines de milliers de diplômés à se réfugier dans l’informel, par exemple en vendant des cigarettes ou des légumes dans la rue… à condition que la police ait la « bonté » de fermer les yeux.

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