Dossier

Cet article est issu du dossier «Agriculture : Sécurité alimentaire, le grand doute»

Voir tout le sommaire
Économie

Cameroun : Biotropical porte ses fruits

En cinq ans biotropical a multiplié son chiffre d'affaires par 2,3. ©

Profitant de la demande exponentielle du marché européen, Biotropical, une entreprise pionnière de la production bio, a plus que doublé son chiffre d'affaires en cinq ans. Et compte bien faire école.

Produire bio au Cameroun ? À la fin des années 1980, l’idée pouvait sembler saugrenue. Trente ans après, elle a fait son chemin, comme l’illustre la réussite de Biotropical. En cinq ans, cette PME spécialisée dans la production et l’exportation de fruits tropicaux issus de l’agriculture biologique a multiplié son chiffre d’affaires par 2,3. Celui-ci était de 293 millions de F CFA (447 000 euros) en 2007 ; il est passé à 678 millions de F CFA en 2012, avec un bénéfice net de plus de 41 millions de F CFA. De bons résultats avec lesquels elle compte renouer après un accident de parcours l’an dernier, lorsqu’une plantation voisine a aspergé ses manguiers de pesticides…

La société consacre près du quart de ses charges au soutien des petits producteurs locaux.

Il en faut plus pour décourager son fondateur, Jean-Pierre Imélé. « Quand j’ai fondé Biotropical, je voulais créer une grande entreprise qui produise et transforme des produits pour les exporter sur les marchés du monde, créer des emplois, améliorer le niveau de vie des producteurs », explique-t-il. C’était en 1988. Né en 1957, arrivé en France à l’âge de 18 ans, ce jeune Camerounais fait des études d’agronomie, travaille dans une exploitation agricole, crée une société d’importation de fruits tropicaux bio, qu’il gère jusqu’en 2000. Très vite, il mesure les atouts qu’offre son pays d’origine – un environnement encore sain, des terres arables disponibles – et le potentiel de la filière, qui s’avère considérable : le marché français de l’agriculture biologique, par exemple, croît de 12 % par an entre 1999 et 2011. C’est d’ailleurs le Vieux Continent qui absorbe aujourd’hui les exportations de Biotropical. Celles-ci, certifiées par Ecocert, sont vendues pour les trois quarts sur le marché français, et pour le reste en Allemagne et en Italie. Les fruits sont commercialisés, frais ou transformés, dans les grands réseaux de magasins bio, comme Biocoop.

Rôle social

À quand l’exportation vers les autres pays d’Afrique ? « Ce serait bien sûr l’idéal, d’autant que nous avons des demandes de produits au Sénégal, admet l’entrepreneur. Mais le commerce est inexistant, les barrières sont multiples et inutiles. » En attendant, Biotropical a d’autres missions, sociales et économiques, sur le continent, comme mener à bien le développement du bio auprès des petits producteurs. Ils sont 80 à l’approvisionner en mangues, papayes, bananes et ananas. Presque tous sont propriétaires de plantations reculées, éloignées de toute pollution, localisées dans les provinces du littoral, de l’Ouest, du Sud et du Nord-Ouest. En 2011, 23 % des charges de Biotropical ont été consacrées à leur soutien, notamment pour les former aux techniques de base de l’agriculture biologique.

Lire aussi :

Agriculture : le grand gâchis africain
Financement : ces PME qu’il faut soutenir
Afrique : plus de trois millions d’hectares de surfaces OGM

« Dans ces zones, l’emploi salarié est rare, la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté », relève Planète d’entrepreneurs. Cette association, qui a réalisé en octobre 2012 une mission pour Biotropical, estime que « 77 % des ouvriers agricoles ont pu augmenter leurs revenus » depuis qu’ils travaillent pour cette société. Une prouesse même si, concluent les enquêteurs, « la relation entre Biotropical et ces producteurs reste à consolider, car leur situation de dépendance peut les mettre en difficulté si Biotropical n’est pas en mesure d’acheter ». La société se dit prête à relever le défi. « Le non-regroupement des petits producteurs en associations ou coopératives constitue une véritable entrave pour Biotropical dans son engagement à les sortir de la pauvreté », explique Jean-Pierre Imélé, qui s’engage pour les années à venir à « poursuivre cette structuration des petits producteurs en leur assurant un revenu fiable dans le temps et en les insérant dans le tissu économique national ». Un objectif social louable qui doit aussi permettre à l’entreprise d’augmenter son volume de production.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte