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Tunisie : les secrets d’une révolution

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Révolution tunisienne : s’immoler pour le dire

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Mis à jour le 26 janvier 2011 à 16:32

Premier martyr de la Révolution du jasmin, Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant qui s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, fait des émules dans les pays voisins. Une dizaine de gestes similaires ont été recensés en Égypte, en Mauritanie et surtout en Algérie, où l’on a enregistré sept tentatives entre le 15 et le 20 janvier.

Considérée comme un suicide, l’immolation par le feu est rigoureusement interdite dans l’islam. Toutefois, au lendemain de la fuite de Ben Ali, le Qatari Youssef al-Qaradawi, prédicateur sunnite fort influent au Maghreb, a demandé au milliard de musulmans de prier pour Bouazizi afin que Dieu lui fasse miséricorde. « Par son acte, il a déclenché la colère d’un peuple contre son dirigeant impie. »

L’immolation par le feu comme mode d’expression d’une revendication politique est apparue au Vietnam au début des années 1960, quand des bonzes bouddhistes recourent à ce procédé pour manifester leur hostilité au pouvoir en place. Quelques années plus tard, un étudiant tchèque, Jan Palach, choisit le même moyen pour protester contre l’invasion de Prague par les blindés de l’Armée rouge. Au Maghreb, Mohamed Bouazizi n’est pas le premier à opter pour l’immolation. Le 16 décembre 2005, à Rabat, quatre diplômés-chômeurs s’étaient transformés en torches humaines pour dénoncer leur situation sociale. Leur credo : « l’embauche ou la mort ». Trois d’entre eux s’en sortent avec de graves séquelles. Le quatrième y a laissé la vie.