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Cet article est issu du dossier «Tunisie : les secrets d'une révolution»

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Politique

Plus jamais ça !

Les jeunes et les laissés-pour-compte ont eu le courage de braver la police au péril de leur vie. L’effet d’entraînement leur a permis d’atteindre rapidement leur but : la chute d’un kleptocrate absolu. Mais pas encore celle de la totalité de son régime, car le parti et les hommes de main qui l’ont servi sont encore présents dans les rouages du système. C’est pourquoi j’appelle les Tunisiens qui ont mis Ben Ali KO à créer un Collectif pour la sauvegarde de la révolution.

Ce collectif sera appelé à devenir une institution légale, sous forme d’association, avec deux objectifs : devenir un contre-pouvoir au même titre que le Parlement, la Cour des comptes, une justice et une presse indépendantes, et veiller à la préservation des fruits de la victoire du 14 janvier : démocratie, liberté, laïcité, dignité, et égalité entre les citoyens et les régions. Fini la discrimination régionale avec son lot de villes délaissées (Sidi Bouzid, Kasserine, Gafsa, Redeyef, Thala). Fini les mensonges (comme celui de créer 300 000 emplois en deux ans) et les abus de toutes sortes. Nul ne sera plus jamais au-dessus des lois. L’un des manifestants a eu ce mot savoureux : « Nous voulons que nos futurs présidents soient désormais assis sur un siège Tefal » (pour qu’ils ne collent plus). Les Tunisiens ont acclamé Ben Ali quand il est arrivé au pouvoir. Mais, très vite, l’homme a renié ses promesses pour retrouver ses vieux réflexes de flic. Pis, lui, les siens et sa belle-famille se sont révélés dénués de tout scrupule, et d’une voracité sans limites. Ben Ali ne disait jamais non aux cadeaux et ne se refusait rien : il collectionnait les villas somptueuses à Sidi Bou Saïd, à Hammamet et, la dernière en date, au sommet de la Baie des Anges, à Port el-Kantaoui.

Les « familles » se sont approprié les biens privés et ceux de l’État (cessions et privatisations) sous forme de villas, de terres agricoles, de terrains industriels, de terrains à bâtir, de licences d’importation, de concessions (aéroports, ports, free-shops…). Le peuple a fini par se sentir dépossédé de son propre pays. Et quand sa dignité a été foulée aux pieds (le suicide de Mohamed Bouazizi a instantanément fait le tour de la Tunisie et du monde), il s’est soulevé.

Mais tous les méfaits des Ben Ali & Cie n’ont été rendus possibles qu’avec la complicité active et passive des membres du gouvernement – Premier ministre en tête (il ne peut pas se voiler la face en disant : non, je ne savais pas !) –, des banquiers, des autorités de la Bourse, des avocats, notaires et commissaires aux comptes, des responsables d’institutions importantes comme les douanes, l’aviation civile, le cadastre (titres fonciers), le registre du commerce, le patronat…

Le nouveau gouvernement est contesté à juste titre. Le Premier ministre, en poste depuis… 1999, et les responsables aux « mains propres » de l’ancien régime doivent demander pardon au peuple pour avoir gardé le silence ! Ils doivent aussi justifier leurs actes et déclarer leur patrimoine !

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Samir Gharbi est un ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique.

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