Politique

Présidentielle congolaise : une voie royale pour Kabila ?

À Kinshasa, le chef de l'État est accusé d'organiser son maintien à la tête du pays. © D.R.

Le chef de l’État le voulait, le Parlement l’a fait. Le 14 janvier, le mode de scrutin pour la présidentielle a été modifié. Au grand dam de l’opposition, qui, pour avoir une chance de l’emporter, devra désigner un candidat unique.

Il n’y aura donc pas de second tour. Annoncée fin 2010, la révision de la Constitution a été entérinée le 15 janvier. Il aura fallu quelques jours seulement à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, et enfin aux deux institutions réunies en congrès pour réviser huit articles, notamment celui concernant le mode de scrutin. Désormais, le candidat ayant obtenu le plus de voix au premier tour sera le vainqueur de la présidentielle.

Tout est allé si vite que l’opposition semble être restée clouée sur place. Lors d’une conférence de presse commune, le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba (dirigé par François Muamba), l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi, et Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée nationale entré en dissidence et à la tête de l’Union pour la nation congolaise (UNC) ont dénoncé un « coup d’État constitutionnel », mais n’ont pas su mobiliser l’opinion. Même si le pouvoir les soupçonne d’être derrière les manifestations étudiantes qui se sont déroulées alors que les élus examinaient la réforme en séance plénière, le grand soir n’a pas eu lieu.

Il faut dire que la présidence a pris tout le monde de court, même son propre camp. Le 16 décembre 2010, le secrétaire exécutif de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), Louis Koyagialo, s’insurgeait sur les antennes de RFI contre les rumeurs « que des gens de mauvaise foi font circuler ». « Il y aura donc deux tours ? » insistait alors le journaliste. « Bien sûr », répondait l’intéressé. Aujourd’hui, sans ciller, le secrétaire exécutif plaide la « bonne foi ». Au moment de cette interview, explique-t-il, « je n’étais pas au courant ». Avant d’ajouter : « Nous avons cependant débattu, pendant dix jours, au sein de la majorité. » Ce débat aura donc été court et surtout interne. La réforme de la Constitution n’aura donné lieu à aucun débat national.

L’argument de la majorité en faveur d’un scrutin à un tour tient en un mot : économie. Le coût du cycle électoral en RD Congo – recensement des électeurs, organisation des élections locales, législatives (nationales et provinciales) et présidentielle – est estimé à 715 millions de dollars ; 60 % de cette somme devrait être couverte par la RD Congo – le reste devant être pris en charge par la communauté internationale. « En cinq ans, nous n’avons pas dépensé 500 millions de dollars en infrastructures. Comment justifier qu’à lui seul le processus électoral, aussi important soit-il, absorbe autant d’argent ? » interroge-t-on à l’AMP.

Pas prête à baisser les armes

De bonnes sources, l’économie engendrée par la suppression du second tour sera de l’ordre de 20 millions de dollars, soit près de 3 % du budget total. Mais, interrogé avant que la révision constitutionnelle ne soit entérinée, le député européen Louis Michel avait mis en garde, affirmant que si la loi était modifiée, il serait « difficile pour l’Union européenne de rester engagée, comme elle l’a toujours été, […] par rapport à la RD Congo ».

Pour la majorité, un scrutin à un seul tour ne remet pas en question la légitimité de l’élu. « Élu à un tour ou à deux tours, il n’y aura qu’un président de la République, argumente Louis Koyagialo. L’important est que tout le monde puisse s’exprimer, même si c’est une seule fois. »

Mais, pour l’opposition, il s’agit surtout d’assurer la réélection du président Kabila. Elle n’est pas pour autant prête à baisser les armes. Le vétéran de la politique congolaise, Étienne Tshisekedi, très actif depuis son retour au pays en novembre 2010, bombe le torse. Deux tours ou un tour, il battra Kabila, explique-t-il.

Contrepoids

Vital Kamerhe, autre candidat déclaré à l’élection, annonce une contre-attaque : une pétition de 100 000 signatures qui obligerait les députés à revoir les articles contestés. Il n’y a évidemment aucune chance que les députés, si ces 100 000 signatures étaient réunies, se dédisent et adoptent une sorte de « révision de la révision ». Mais « on peut imaginer que ces électeurs viennent faire pression autour de l’Assemblée le jour de l’examen », espère l’ancien président de l’Assemblée. Quant à François Muamba, s’il a fini par accepter l’élection à un tour, il affirme que les membres de l’opposition « seront solidaires pour exiger une élection transparente et équitable, ainsi que la garantie, avec l’appui de la communauté internationale, que le vainqueur, s’il est de l’opposition, pourra prendre son poste ».

L’union MLC-UDPS-UNC constitue un vrai contrepoids à la majorité présidentielle. Un scrutin à deux tours aurait permis aux leaders de ces trois formations de laisser les électeurs les départager au premier round, avant un ralliement au second sur le mieux placé des trois. Avec la nouvelle disposition constitutionnelle, il faudra, pour avoir une chance de menacer le président sortant, une union de l’opposition derrière un seul homme.

L’affaire est loin – bien loin – d’être conclue. À 78 ans, Tshisekedi joue sa dernière cartouche dans cette élection. Il a la légitimité historique et un parti bien ancré, même si son âge et ses problèmes de santé ne jouent pas en sa faveur. Vital Kamerhe a pour lui la jeunesse et une bonne implantation dans l’Est, ce dont ni le MLC ni l’UDPS ne peuvent se prévaloir. Quant au MLC, il est handicapé par l’absence de son chef historique, Jean-Pierre Bemba, jugé à La Haye par la Cour pénale internationale.

« Nous saurons nous départager et ferons preuve de sagesse, de maturité et de dignité », assure pourtant Vital Kamerhe. Même son de cloche au MLC : « Que l’on nous fasse confiance, plaide François Muamba. Nous ne sommes pas stupides ! Nous serons tout à fait capables de nous entendre sur un nom. » Outre ces trois poids lourds, d’autres candidats se lanceront très probablement dans la course. On parle notamment de Kengo wa Dondo, l’actuel président du Sénat, dont il se dit, à Kinshasa, qu’il aurait de hautes ambitions. Le suspense devrait durer jusqu’en mars.

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