Politique

Tour de chauffe avant les législatives gabonaises de 2011

Le chef de l’État a remanié le gouvernement, le 14 janvier. Il tenait à reprendre la main avant les législatives de la fin 2011. C’est maintenant chose faite : le Premier ministre a sauvé sa tête, mais plusieurs de ses proches ont été écartés.

Mis à jour le 4 février 2011 à 15:55

Ali Bongo Ondimba a fait entrer ses fidèles dans le gouvernement lors du remaniement. © AFP

Le mariage arrangé n’a pas eu lieu. Pierre Mamboundou et son parti, l’Union du peuple gabonais (UPG), n’ont finalement pas rejoint le gouvernement réaménagé le 14 janvier par le président Ali Bongo Ondimba (ABO). Pour obtenir la primature, l’opposant, dont les prétentions ont été jugées « exorbitantes » par un proche du président, devra encore attendre la tenue des législatives au Gabon, prévues fin 2011.

Reprise en main

Maintenu à son poste, le Premier ministre, Paul Biyoghé Mba, poursuivra donc sa cohabitation chao­tique avec un président désormais plus regardant. Dans cette « paix armée », le chef du gouvernement va devoir s’accommoder de la montée en puissance des fidèles d’ABO, tels que Léon Nzouba, numéro deux du gouvernement au ministère de l’Équipement, des Infrastructures et de l’Aménagement du territoire, et Ruffin Pacôme Ondzounga, désormais patron de la Défense. Deux fortes têtes qui prennent leurs ordres directement au Palais du bord de mer.

La reprise en main de l’équipe gouvernementale se confirme par le licenciement sec de Rémy Ossélé Ndong (Transports), d’Alphonsine Mbié Nna (Santé) et de Maxime Ngozo Issoundou (Travail), tous proches de Biyoghé Mba. Ceux de ses amis qui ont pu conserver leur maroquin ont été mutés à des postes non stratégiques. Le plus en vue d’entre eux, Julien Nkoghé Bekale, ancien ministre des Mines et du Pétrole, est passé entre les gouttes pour avoir su construire une bonne relation avec le président – au détriment de son mentor. Il est muté aux Transports.

Réelle ou fantasmée, la rivalité opposant les deux têtes de l’exécutif a finalement obligé le président à couper les ailes à son chef du gouvernement. Ce n’est pourtant pas d’une dispute d’ego qu’il s’agit. L’enjeu immédiat reste de conserver la majorité à l’issue des prochaines législatives. « Même affaibli, Biyoghé Mba reste un allié de poids pour le président si ce dernier veut éviter une cohabitation avec l’opposition, qui se bat pour s’emparer de l’Assemblée nationale », prévient un sénateur du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir).

Des amis de trente ans

Tout à cet objectif, ABO a étendu le réajustement jusqu’au palais présidentiel. Même les amis de trente ans ont cédé leur fauteuil. Ainsi du départ surprenant du secrétaire général de la présidence, François Engongah Owono, ancien rénovateur, qui a longtemps partagé la passion du football avec « Monsieur Ali ». Il est remplacé par l’influente Laure Olga Gondjout, qui quitte le ministère de la Communication pour une administration présidentielle dont elle connaît les rouages pour y avoir longtemps travaillé comme secrétaire particulière de feu Omar Bongo Ondimba.

L’autre départ marquant est celui de Patrice Otha, éphémère directeur de cabinet du chef de l’État. Il est remplacé par Maixent Accrombessi, ex-tout-puissant chef de cabinet. Parmi les nouveaux, l’économiste Alexandre Barro Chambrier. Proposé fin 2009 par ABO au poste de gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), à la suite du limogeage de Philibert Andzembé, il siège désormais comme ministre des Mines et du Pétrole.

Enfin, Clémence Mezui fait une entrée remarquée. Cette égérie du candidat « Ali’9 » a joué un rôle important lors de la dernière campagne présidentielle : bombardée conseillère spéciale et, surtout, porte-parole de la présidence, cette pure politique est enfin récompensée. C’est elle qui devrait sonner la charge verbale contre l’opposition, ouvrant la campagne législative avant l’heure.