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Cet article est issu du dossier «Kabila : Mobutu light»

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Droits de l’homme

RDC : tolérance zéro

Floribert Chebeya, président de l'ONG La Voix des sans voix, a été tué en juin 2010. © Étienne Ansotte/AFP

Journalistes assassinés, avocats menacés, opposants brimés... En RDC, la liste des atteintes aux droits de l’homme ne cesse de s’allonger.

Interpellé lors du sommet de la Francophonie de Montreux, en octobre 2010, sur les violations des droits de l’homme dans son pays, notamment en ce qui concerne les journalistes, Joseph Kabila a eu cette réponse : « Pour chaque cas, il y a eu des enquêtes et des arrestations. La plupart des coupables sont en prison et le gouvernement est déterminé à ce que les crimes ne restent plus impunis. » Qu’en est-il dans les faits ?

Si la sanglante répression policière de février 2008 dirigée contre le mouvement Bundu dia Kongo (100 morts et 150 arrestations, selon l’ONU) a durablement marqué les esprits, deux affaires récentes symbolisent la forte détérioration des droits de l’homme. D’abord, le cas Floribert Chebeya, président de l’ONG La Voix des sans-voix, et de son chauffeur (son corps n’a jamais été retrouvé), tués en juin 2010. Au procès des huit policiers assassins présumés, qui s’est ouvert le 3 décembre, les militants des droits de l’homme, souvent menacés, s’indignent de l’absence sur le banc des accusés de John Numbi, le chef de la police, suspendu. Ensuite, l’affaire Armand Tungulu Mudiandambu, auteur d’un jet de pierre contre le convoi du président dans une rue de Kinshasa. Il est décédé dans les geôles de la garde républicaine, le 2 octobre 2010.

Me Georges Kapiamba, vice-président de l’Association ­africaine des droits de l’homme (Asadho-RDC), dénonce le laxisme de Joseph Kabila. L’avocat pointe les brimades subies par l’opposition, qui visent à la museler à l’approche des élections, fin 2011. Dernière illustration : la condamnation, le 13 janvier, à cinq mois de prison ferme du président national de la Démocratie chrétienne, Eugène Diomi Ndongala, très populaire dans le Bas-Congo, pour atteinte à l’autorité policière. Interpellé alors qu’il rentrait d’une réunion politique à Muanda, il avait refusé de se soumettre à un contrôle d’identité.

L’autre procédé consiste à empêcher la tenue de meetings en envoyant la police occuper les lieux. Vital Kamerhe, ex-président de l’Assemblée nationale et candidat à la magistrature suprême, en a fait les frais à Goma (Nord-Kivu), le 15 décembre. À Kinshasa, l’opposition, qui entendait rendre public son refus du scrutin présidentiel à un tour préconisé par le régime, a été privée de salle.

Impunité

Des journalistes ont été assassinés dans la capitale et dans l’est du pays, sans que la justice retrouve les coupables et leurs commanditaires. C’est le cas de Serge Maheshe et de Didas Namujimbo, de Radio Okapi, tués respectivement le 13 juin 2007 et le 21 novembre 2008. Quant à Franck Ngyke, du quotidien La Référence Plus, il a été liquidé avec son épouse, le 3 novembre 2009. D’autres sont souvent arrêtés, à l’instar de Tumba Lumembu, du journal La Tempête des tropiques, enlevé le 15 septembre 2010 par les services de l’Agence nationale de renseignements et détenu en secret pendant un mois.

Même les avocats n’y échappent pas. Selon l’Asadho-RDC, dans le dossier Eddy Kapend – l’ex-aide de camp de Laurent-Désiré Kabila­ détenu depuis 2001 –, trois d’entre eux auraient reçu des menaces directes du président de la Haute Cour militaire, pour avoir voulu engager une action devant la Commission africaine des droits de l’homme.

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