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Cet article est issu du dossier «Kabila : Mobutu light»

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Diplomatie

RDC : chronique d’un isolement diplomatique avancé

Joseph Kabila a fait le choix de la Chine (ici avec Hu Jintao et son épouse en 2008 à Pékin) au d © Xinhua

En 2001, le nouveau président congolais un pacte tacite avec les capitales occidentales : aide contre démocratie. Aujourd’hui, il boude les grand-messes internationales et agace jusqu’à ses voisins africains. Décryptage de cette volte-face.

Quand il accède au pouvoir, Joseph Kabila est le protégé de l’Occident et des Nations unies. Par défaut, certes, tous misent sur ce chef d’état-major réservé, à l’écoute des conseils, moins va-t-en-guerre que feu son père, pour ramener la paix au cœur de l’Afrique. L’apprenti chef d’État, lui, se soumet avec zèle à l’exercice de l’allégeance à l’Occident.

Dix ans plus tard, ses défenseurs d’hier ont remballé le tapis rouge. En décembre 2009, l’annulation de la dette extérieure congolaise a été accordée, mais sous condition – une révision à la baisse du fameux deal avec Pékin conclu en septembre 2007. En juin 2010, les chancelleries à Kinshasa ont unanimement condamné l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya. En décembre, après un séjour à Goma, dans le Nord-Kivu, l’ambassadeur français pour les droits de l’homme François Zimeray a exprimé un « sentiment de naufrage s’agissant de la situation » en RDC.

Contrat rompu

« Une fois élu, en 2006, Joseph Kabila a commis une série d’entorses au contrat tacite passé avec les Occidentaux », explique une source de la majorité présidentielle, sous le couvert de l’anonymat. Dans les clauses du « contrat », les bailleurs de fonds occidentaux financent le processus électoral (370 millions d’euros). En échange, l’élu doit veiller à la bonne gouvernance économique et à la démocratie. Deux sujets, deux déconvenues.

La révision des contrats miniers – en défaveur des compagnies, le plus souvent occidentales – a donné le coup d’envoi. Épisode suivant : la signature des « contrats chinois », en septembre 2007. Dans la foulée, la rupture de l’accord entre l’État congolais et le groupe minier canadien First Quantum crispe Ottawa. Sur le plan des droits de l’homme, plusieurs répressions, notamment contre la secte ­politico-religieuse Bundu dia Kongo, en février 2008, douchent les espoirs des Occidentaux de voir advenir la démocratie en RDC.

Kabila veut-il donner une leçon à cet Occident qui, non sans intérêts, a toujours prétendu à un rôle au sein du formidable gisement de richesses qu’est la RDC ? Bercé par les refrains du panafricanisme, il n’a pas de tropisme occidental. Thomas Sankara, dont il dit avoir appris « la fierté », est sa référence. Une facette tenue cachée jusqu’en 2006, alors que le pays était sous tutelle, mais qui s’est révélée après l’onction du suffrage universel.

L’ingérence dénoncée

Depuis, le président congolais, qui a boudé plusieurs grand-messes internationales, s’est rendu in extremis au sommet de la Francophonie, en octobre, en Suisse (c’était le seul moyen d’obtenir la tenue du prochain sommet à Kinshasa en 2012). À l’instar de tous les chefs d’État en délicatesse avec les règles de la bonne gouvernance, l’ingérence occidentale est devenue son leitmotiv. En 2009, dans une interview accordée au quotidien belge Le Soir, il a apporté quelques explications : « En 2001, 2002, 2003, j’avais multiplié les déplacements en Occident. […] Mais finalement, au vu du peu de réalisations, de partenariats véritables, j’ai freiné ce type de voyages. Le tourisme ne m’intéresse pas. »

Quant aux relations avec ses pairs du continent, elles traduisent elles aussi l’isolement progressif d’un homme qui a de plus en plus tendance à s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Derrière les sourires de façade, nombre des voisins de Joseph Kabila s’agacent de ce qu’ils perçoivent comme de l’arrogance à leur égard. Y compris le Sud-Africain Jacob Zuma et l’Angolais José Eduardo dos Santos, lesquels observent avec attention l’échiquier politique congolais en vue de la présidentielle de cette année.

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