Politique

Gabon : « Mba Obame ne pouvait rester inerte », selon Casimir Oyé Mba

Mis à jour le 14 février 2011 à 15:45

Ancien Premier ministre du Gabon, vice-président de l’Union nationale (UN), la coalition dissoute par Ali Bongo Ondimba, Casimir Oyé Mba s’exprime sur la crise politique gabonaise qui oppose le président et André Mba Obama.

Candidat lui aussi à la présidentielle d’août 2009, remportée par Ali Bongo Ondimba, l’ancien Premier ministre d’Omar Bongo Ondimba, Casimir Oyé Mba, se dit solidaire du coup d’éclat de son allié Mba Obame – lequel est réfugié dans les locaux du Pnud à Libreville depuis son autoproclamation en tant que chef de l’État, le 25 janvier. Il explique pourquoi.

Jeune Afrique : Pourquoi n’êtes-vous pas réfugié au Pnud ?

CASIMIR OYÉ MBA : Parce que j’ignorais qu’à l’issue de la cérémonie de prestation de serment d’André Mba Obame (AMO) il y aurait une marche vers le Pnud. Le lendemain, j’ai appris que les membres du gouvernement nommés par AMO et une partie des cadres de notre parti avaient choisi cette représentation diplomatique pour se mettre à l’abri des arrestations massives qui auraient eu lieu s’ils étaient rentrés chez eux. Depuis, cette trentaine de personnalités vit dans des conditions très inconfortables. Cela n’a que trop duré.

Ce coup d’éclat était-il le seul moyen de faire bouger le pouvoir au Gabon ?

Les gens ont tort de porter sur cet acte politique un regard de juriste. Lorsqu’une personnalité prête serment alors qu’il y a un président déjà en place, on a vite fait de l’accuser de haute trahison. Nous devons considérer cette crise comme une crise éminemment politique. L’ancien candidat à la présidentielle estime qu’il est le vainqueur de l’élection. Il s’appuie en cela sur un film [Françafrique, 50 années sous le sceau du secret, réalisé par Patrick Benquet, NDLR] dont on peut penser ce que l’on veut.

Certes, ce n’est pas le gouvernement français qui y prend la parole au nom de la France. Mais ce film a été financé en partie par des fonds publics et diffusé sur une chaîne du service public. Même si les personnalités qui s’y expriment ont quitté les affaires depuis longtemps, elles ont tout de même été au cœur des rapports entre la France et l’Afrique en général, et le Gabon en particulier ! Connaissant la teneur de ces rapports, Mba Obame ne pouvait rester inerte.

Quelle sera l’issue de cette crise ?

Croyez-en mon expérience, le Gabon est malade. Je propose à toutes les parties de s’asseoir autour d’une table pour apaiser les tensions. Le pouvoir doit prendre l’initiative de la discussion. Au regard du mauvais déroulement de la dernière présidentielle, l’opposition dans son ensemble demande plus de transparence, notamment l’utilisation de la biométrie pour l’élaboration du fichier électoral.