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Partage des eaux du Nil sans l’aval de l’Égypte

Mis à jour le 8 mars 2011 à 10:40

Un débit moyen de 2 830 m3/s, une longueur de 6 650 km… C’est le Nil, qui prend à la fois sa source autour du lac Victoria et, surtout, sur les hauts plateaux éthiopiens, puis se jette dans la Méditerranée. Nul ne l’ignore, l’eau est une ressource géostratégique essentielle, tant pour l’irrigation que pour la production d’énergie. Le 28 février, le Burundi est devenu le sixième pays riverain à signer un accord sur le partage des eaux du Nil, après l’Éthiopie, le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda et le Kenya. Cet accord devrait in fine déposséder l’Égypte de son droit de veto sur les projets des États situés en amont, qu’elle avait acquis en 1929 en vertu d’un traité négocié par le Royaume-Uni.

La signature du Burundi permet désormais aux Parlements nationaux de ratifier un accord-cadre, débouchant sur la création d’une Commission du bassin du Nil. Elle signe l’arrêt de mort d’un autre traité, datant de 1959, par lequel le Soudan et l’Égypte se garantissaient un accès à 90 % des eaux du fleuve.

Pour les pays situés en amont, ces traités antérieurs aux indépendances n’étaient plus acceptables compte tenu des besoins des populations et des changements climatiques. Parmi les projets en cours, un barrage hydroélectrique d’une capacité de 60 à 80 MW, et situé à Rusumo Falls, sur la Kagera, doit alimenter en électricité le Rwanda, la Tanzanie et le Burundi.

En cours depuis une dizaine d’années, les négociations étaient vues d’un très mauvais œil par Le Caire. D’après des câbles confidentiels rédigés par des diplomates américains et révélés par WikiLeaks, le gouvernement Moubarak considérait que « la création d’un système remettant en cause ce quota [de 90 %] constituerait une menace mortelle ». Une rencontre entre les différentes parties était prévue en janvier ; elle a été repoussée à la fin de mars, en raison des événements en Égypte. Une fois mise en place, la Commission du bassin du Nil disposera de six mois pour régler la question du partage des eaux, en prenant en compte la naissance d’un nouvel État en amont : le Sud-Soudan.