Société

Facebook : parlez-vous « arabish » ?

Cette pratique n'est pas réservée à la jeunesse branchée. © D.R.

Pour déjouer la surveillance policière, les jeunes internautes arabes communiquent parfois au moyen d’un langage codé composé d’une suite de lettres latines et de chiffres. Ingénieux.

Sabah al-khayr (« Bonjour ») s’écrit « 9aba7 2l5air ». C’est dans ce langage codé que des milliers de jeunes Arabes transmettent parfois leurs messages et mots d’ordre via leurs téléphones portables, blogs et autres réseaux sociaux. Baptisée « arabizi », « arabish », « aralish » ou « chat arabe », selon les usages et les dialectes, ou encore « franco-arabe », si l’on est francophone, cette écriture, composée d’une suite de lettres latines et de chiffres, a été créée spontanément par la génération numérique et s’est révélée très efficace pour déjouer la surveillance policière. Les chiffres sont utilisés pour transcrire des phonèmes arabes avec ou sans équivalents dans l’alphabet latin (le ‘ayn, sans équivalent, est ainsi rendu par le chiffre 3, qui lui ressemble morphologiquement). À la source de ce phénomène, une raison pratique : la majorité des téléphones portables et des ordinateurs utilisent l’alphabet latin, des sites comme Facebook ou Twitter ne reconnaissant que depuis peu les caractères arabes.

Ce mode d’expression doit aussi son succès à son adaptation à la conversation écrite. Pour Roula, une Libanaise de 32 ans qui maîtrise aussi bien l’arabe que le français, « il permet de chatter comme on parle, d’exprimer ses émotions par des exclamations qu’on ne peut pas transcrire en arabe classique ». D’ailleurs, l’arabish (contraction d’« arabe » et d’« english ») ne s’emploie que pour de courts messages – quelques phrases au maximum –, les textes plus développés étant rédigés en arabe, en français ou en anglais.

On peut aussi voir dans ce langage chiffré un symbole de résistance, l’arabe traditionnel étant assimilé à la langue du pouvoir. L’arabish devient ainsi le dialecte social d’une génération partageant un horizon globalisé et la volonté de s’émanciper des codes traditionnels. « La nayda, sorte de movida marocaine, ne communique que comme ça ! », témoigne Ismaël, un trentenaire de Casablanca.

Prompts à repérer ce qui est « tendance », les publicitaires emploient de plus en plus cette écriture pour cibler la jeunesse. Récemment, la compagnie de téléphonie saoudienne Mobily a lancé une campagne pour une ligne prépayée appelée « 7ala » (pour hala, « être agréable au goût, sucré, doux »).

Mais cette pratique n’est pas l’apanage de la jeunesse branchée : le forum djihadiste Al-Qal3ah (« La Citadelle ») hébergeait la propagande de l’ancien chef d’Al-Qaïda en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui.

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