Politique

Bahreïn : tantôt démocrate, tantôt autocrate

Hamad Ibn Issa Al Khalifa, dans son palais de Manama, le 12 mars. © Reuters

La révolte populaire contre l'autorité monarchique couvait à Bahreïn depuis plusieurs années. Au terme de plusieurs semaines de protestation contre la répression des manifestants réclamant des réformes, onze des dix-huit députés de l'opposition chiite ont présenté leur démission au Parlement.

Le 14 février devait être un jour de fête à Bahreïn : le royaume célébrait le 9e anniversaire de sa transition d’émirat autocratique en monarchie constitutionnelle. Ce fut un jour de colère et de deuil : dans des villages proches de Manama, la capitale, quelques dizaines d’opposants, partageant l’exaltation des jeunesses d’Égypte et de Tunisie, ont manifesté leur soif de réformes démocratiques. La mort de deux d’entre eux, tombés sous les balles des policiers, a été le point de départ d’une crise qui, sans l’intervention militaire du puissant roi d’Arabie saoudite, aurait pu sonner le glas de la dynastie Khalifa.

Pourtant, en 1999, lorsque le prince héritier Hamad Ibn Issa prend, à 49 ans, la succession de son père, le peuple a toutes les raisons d’espérer qu’un des régimes les plus autoritaires de la région s’ouvre enfin à la démocratie. Comme beaucoup de princes arabes de sa génération, le futur souverain a parfait son éducation en Occident. Il cultive aussi bien l’amour des sports que le goût des disciplines intellectuelles et semble tourné vers une modernité qui contraste avec la figure réactionnaire de son père : après quelques concessions avortées (le Parlement, instauré en 1973, ayant été dissous en 1975), le règne de l’émir Issa Ibn Salman avait, en effet, été marqué par la répression de toute opposition.

Situation bloquée

Celle-ci réclame au pouvoir sunnite la restauration du régime parlementaire et l’égalité des droits, les chiites – aujourd’hui 65 % de la population – étant victimes de discriminations à tous les niveaux. Rassemblant de manière inédite libéraux, gauchistes et islamistes, la contestation atteint son paroxysme lors de l’intifada de 1994-1999, entraînant une violente répression, l’exil, l’emprisonnement et la torture de la plupart des opposants.

Les mesures libérales prises par Hamad Ibn Issa Al Khalifa après son accession au pouvoir en font d’abord l’un des chefs d’État les plus populaires du monde arabe. En février 2001, 98,4 % des électeurs approuvent la Charte d’action nationale prévoyant la démocratisation et la séparation des pouvoirs. Le Parlement est rétabli, la loi permettant les arrestations arbitraires abrogée, la torture abolie et les prisonniers politiques sont libérés. Dans l’année qui suit, gouvernement et opposition définissent ensemble le nouveau mode de fonctionnement du pouvoir.

Mais si Hamad Ibn Issa sait se montrer plus ouvert que son père, cet époux de quatre femmes et père de douze enfants est aussi un homme de traditions, adepte de la discipline apprise dans les académies militaires de Grande-Bretagne et des États-Unis. A-t-il estimé être allé trop loin dans les réformes ? Le 14 février 2002, coup de théâtre : s’arrogeant le titre de roi, l’émir promulgue sans consultation une Constitution qui restreint considérablement les réformes esquissées. Le Wifaq, puissant parti d’opposition chiite, le Wa’ad gauchiste et deux autres formations décident le boycott des élections prévues en octobre. À leur initiative, une conférence est annoncée pour la date symbolique du 14 février 2004, mais le roi refuse désormais le dialogue. Depuis lors, la situation est bloquée.

Favorisés par le contexte régional, les derniers événements couvaient depuis longtemps. Faut-il en attribuer la cause à l’inertie monarchique (le Premier ministre, oncle du roi, est en poste depuis l’indépendance, en 1971) ou plutôt aux hésitations d’un souverain tiraillé entre ouverture et conservatisme, dialogue et répression ? Son attitude fluctuante face à la crise actuelle semble prouver qu’il n’a su manier ni la carotte ni le bâton…

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