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Le Sénégal peut-il bousculer ses concurrents ?

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Sénégal : une reprise toute relative

Mis à jour le 3 avril 2011 à 16:54
Alain Faujas

Par Alain Faujas

Alain Faujas est spécialisé en macro-économie.

Le ministre des Finances du Sénégal, Abdoulaye Diop, au sommet du G20 à Londres, en avril 2009. © AFP

Aucun doute, le Sénégal va mieux. Au moins en termes macroéconomiques, il se relève de la tourmente de la crise de 2008-2009 qui avait vu son économie fléchir sous l’effet de la hausse des cours du pétrole et du riz notamment. Les touristes sont de retour et les envois d’argent des émigrés aussi (environ 1,2 milliard de dollars en 2010, soit plus de 857,5 millions d’euros, selon la Banque mondiale). L’aide des bailleurs de fonds internationaux ne fait pas défaut à ce pays qui est l’un de leurs chouchous en Afrique.

L’agriculture – ou plutôt certains secteurs de l’agriculture – est repartie de l’avant, tirée par les crédits de la Grande Offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana), qui a permis de fournir à meilleur prix et en plus grande quantité des semences, des pesticides et des engrais. Tirons tout de même un coup de chapeau à la météo, laquelle a fait en sorte que ces intrants soient utiles aux belles récoltes qui en ont résulté…

Le poisson et les phosphates se vendent mieux. L’éducation progresse. L’autoroute Dakar-Diamniadio et le futur aéroport Blaise-Diagne sont en retard, mais leurs chantiers avancent et leurs financements semblent plus transparents que par le passé, si l’on en croit ceux qui se sont penchés sur les montages sophistiqués dont ils ont été l’objet. Ont été sagement abandonnés quelques « éléphants blancs » chers au président Wade, comme le projet de nouvelle capitale.

Les finances publiques sont entrées en convalescence, après les excès budgétaires commis pour subventionner le prix de l’énergie (700 millions de dollars depuis cinq ans, toutes mesures confondues) ou de l’alimentation et éviter ainsi des manifestations. Sous l’égide d’Abdoulaye Diop, le ministre des Finances qu’Abdoulaye Wade a laissé faire, l’assainissement a permis de ramener les arriérés de paiement de l’État à une situation presque normale.

Après une croissance moyenne du produit intérieur brut de 2,7 % sur les années 2008-2009, la cadence s’est accélérée à 4 % en 2010 et promet de pousser jusqu’à 4,4 % cette année. Dans son rapport annuel sur l’état d’avancement de la stratégie de réduction de la pauvreté, publié en décembre 2010, le Fonds monétaire international (FMI) a délivré grosso modo un satisfecit au gouvernement sénégalais.

Le pays est-il pour autant en route pour accéder à la catégorie des États émergents, comme en rêve son président ? Peu probable, tant sa convalescence semble encore peu palpable pour les Sénégalais. En effet, comment améliorer significativement le niveau de vie d’une population dont 60 % vit encore avec moins de 2 dollars par jour quand la croissance économique de 4 % est mangée par un taux d’accroissement démographique de 2,6 % ? En l’occurrence, durant les quinze dernières années, la croissance par tête a été inférieure de deux points de pourcentage à celle des pays non pétroliers les plus performants d’Afrique subsaharienne.

Comment créer en nombre appréciable des emplois privés, les seuls qui génèrent une richesse durable, quand le Sénégal est 152e sur 183 États analysés par le rapport « Doing Business » 2011 de la Banque mondiale ? Dans ce classement des pays où il fait bon entreprendre ou non, il a encore reculé d’une place.

Comment développer une économie lourdement handicapée par l’incurie prolongée qui vaut à ses habitants et à ses entreprises des coupures de courant électrique erratiques et répétées ? Le nouveau ministre de l’Énergie a étonné. On s’attendait à ce que Karim Wade, fils du président et candidat à sa succession, prolonge les palinodies antérieures. Au lieu de cela, il a demandé et publié un rapport sans concessions réalisé par McKinsey (pour le volet comptable et financier) et Électricité de France (pour la partie technique).

Ne reste plus qu’à en tirer les conséquences et à prendre les mesures qui s’imposent, toutes fort onéreuses et qui n’auront pas d’effet réel avant 2014, au mieux. On redoute que la marge budgétaire retrouvée de l’État ne serve à quelques mesures cosmétiques pour passer le cap délicat de l’élection présidentielle de 2012. Ce calcul à courte vue ne serait pas seulement du gaspillage de l’argent des usagers et des contribuables, mais de la croissance et du temps perdus, dans un pays où la jeunesse n’en peut plus d’attendre.