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Le Sénégal peut-il bousculer ses concurrents ?

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Le Sénégal peut-il bousculer ses concurrents ?

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Transport maritime : la guerre des mondes à Dakar

Le dubaïote DP World a raflé en 2008 la concession du Port autonome de Dakar à la galaxie Bolloré. Sans avoir, pour l’heure, convaincu les armateurs.

Mis à jour le 4 avril 2011 à 19:13

Depuis 2008, 70 milliards de F CFA ont été investis, selon le directeur général du PAD. © D.R.

Que se passe-t-il au Port autonome de Dakar (PAD) ? Selon le directeur général, Bara Sady, tout va bien. « La fréquentation a augmenté, ainsi que les revenus. Mais pas les tarifs. » Le trafic serait passé de 250 000 à plus de 350 000 conteneurs par an. Une performance attribuée à Dubai Port World (DP World), arrivé en 2008 pour vingt-cinq ans. Sélectionné à la suite d’un appel d’offres remporté face à Bolloré Africa Logistics – qui régnait sur le PAD depuis vingt ans –, le nouvel opérateur est venu avec un projet ambitieux : plus de 49 milliards de F CFA (environ 75 millions d’euros) d’investissements d’ici à 2012 et un nouveau port, le Port du futur, d’un coût de 250 milliards de F CFA (1,5 km de quai, 15 m de profondeur, 40 ha, 9 portiques).

« Aujourd’hui, les engagements ont été tenus, puisque les investissements prévus ont même été dépassés pour atteindre 70 milliards [de F CFA, NDLR] », explique Bara Sady. « Les revenus comme les rendements ont été multipliés par deux », assure-t-il, évacuant du revers de la main la polémique autour de l’éviction de Bolloré : « Parlons plutôt du développement du port ! »

Problème. Les chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie sont quelque peu différents. Entre 2008 et 2009, le transit global a chuté de 8,6 %, et le trafic de marchandises de 10,4 %. Le chiffre d’affaires s’établit en 2009 un peu au-dessus de 25 milliards de F CFA. Depuis 2007, il a chuté de plus de 1 milliard, malgré des rentrées supplémentaires : « Aujourd’hui, nous touchons des revenus sur le terre-plein et sur chaque conteneur. Cela représente 2 milliards de plus par an », selon Bara Sady. En 2010, la tendance semble s’être améliorée, avec une augmentation de 17,7 % du trafic de marchandises et un chiffre d’affaires de 27 milliards de F CFA.

Plein tarif pour tous

Les tarifs du port n’ont peut-être pas bougé, mais ceux appliqués par DP World auraient augmenté de manière exponentielle. « Certains armateurs n’accostent même plus », confie un professionnel du secteur. « DP applique la vérité des prix, se défend Bara Sady. L’ancien opérateur [Bolloré, NDLR] appliquait des remises. Mais les engagements pris par DP World nécessitent cette vérité des prix. L’armateur peut se plaindre de ne pas bénéficier des mêmes facilités qu’avec Bolloré, mais ce dernier n’avait pas les mêmes obligations. » Parmi celles-ci, l’entretien du port, assuré désormais par DP World. Les investissements consentis justifieraient en outre cette nouvelle grille tarifaire.

Reste au PAD à être compétitif face à ses concurrents. D’autres ports tirent en effet leur épingle du jeu. C’est le cas de Pointe-Noire, en République du Congo, où l’activité affiche une belle performance : + 19,55 % entre 2008 et 2009, pour un chiffre d’affaires de presque 30 milliards de F CFA. La crise ivoirienne aurait pu bénéficier aussi au PAD.

« L’offre de DP World était peut-être trop ambitieuse, notamment concernant le Port du futur : il n’y a toujours rien de concret », constate un autre acteur, qui rappelle qu’il s’agit pourtant d’un des points de l’offre ayant permis au groupe dubaïote de remporter la concession. « Le site est localisé et les études de préfaisabilité sont en cours », répond encore le directeur général, quelque peu agacé. Et de rétorquer : « DP World a pris le terminal en janvier 2008 et nous sommes satisfaits de ses prestations, aussi bien sur le plan technique que sur le plan financier. » Fin de la discussion.