Politique

Bénin : Boni Yayi, vainqueur par K.O., investi pour un second quinquennat

Le président Boni Yayi s'adressant à la presse, le 13 mars 2011 à Cotonou. © AFP

Personne n’y croyait, mais il l’a fait. Le 13 mars, le chef de l’État sortant a remporté l’élection présidentielle dès le premier tour. Si son principal adversaire, Adrien Houngbédji, continue à dénoncer des fraudes massives, Boni Yayi a été officiellement investi pour un second quiquennat à la tête du Bénin, le 6 avril, en présence de plusieurs chefs d'État africains.

Décidément, Boni Yayi est un adepte de l’effet de surprise. Après son intrusion triomphale dans le paysage politique béninois, en 2006, l’ancien banquier entame un deuxième mandat sans passer par la case du second tour – étape toujours hasardeuse dans un pays où les alliances de circonstance, parfois contre nature, souvent éphémères, peuvent faire la différence le jour du vote.

« Je vais m’évertuer au cours de ce mandat, mon dernier quinquennat à la tête de notre pays, à une refondation de valeurs […], mettre en place un gouvernement d’ouverture avec la création d’un poste de Premier ministre », a-t-il promis, ce mercredi 6 avril 2011, lors de son discours d’investiture à Porto Novo.

À l’issue du scrutin du 13 mars, le chef de l’État a été déclaré vainqueur par la Commission électorale nationale autonome (Cena), puis par la Cour constitutionnelle, le 20 mars. Il remporte 53 % des voix, contre 36 % pour son principal adversaire, Adrien Houngbédji, candidat de l’Union fait la nation (Un). Quant à l’indépendant Abdoulaye Bio-Tchané, qui faisait figure de troisième homme et qui espérait – à défaut de se qualifier pour la finale – peser sur l’échiquier, il doit se contenter d’un petit 6,1 % des suffrages. Un score bien loin des ambitions affichées et des efforts déployés le temps d’une campagne rondement menée.

Il y a quelques mois pourtant, l’entourage du président n’en menait pas large. Le scandale financier des ICC, avec ses milliers de petits épargnants floués par des Madoff béninois dont certains avaient profité d’entrées au Palais, faisait vaciller le pouvoir. En champion sudiste et candidat unique de l’opposition, Houngbédji misait sur le soutien de plus de 50 % de l’électorat (les départements côtiers et du centre comptent les deux tiers des 8,9 millions de Béninois). Et, même si cette bipolarisation partisane et régionale semblait laisser peu d’espace à Bio-Tchané, ce dernier était en mesure de rafler une partie du pactole nordiste de Boni Yayi.

« Cela va être coriace », reconnaissait à l’époque un proche conseiller du « patron ». « Une réélection est toujours plus compliquée, mais nous avons su valoriser le bilan du premier mandat à partir de janvier, puis lancer une dynamique de campagne. Nous nous sommes, par ailleurs, débrouillés pour que les épargnants commencent à être remboursés. Enfin, l’opposition a oublié une réalité politique : Boni est populaire », explique l’un des communicants du chef de l’État, qui souligne au passage le « soutien précieux » de l’agence française Euro RSCG, filiale du groupe Bolloré, qui a obtenu, en 2009, la concession du port de Cotonou.

« Proximité » et « propositions » ont été les leitmotivs d’une campagne à l’américaine. Avec sa bonhomie habituelle, Boni Yayi a délaissé sans rechigner son costume de chef de l’État pour visiter en hélicoptère les ­soixante-dix-sept communes du pays. Il s’est montré particulièrement à l’aise sous le manguier, devant les « mamans » à qui l’État distribue généreusement des microcrédits sans trop se soucier du taux de remboursement. Volontiers populiste lorsqu’il s’est adressé aux « fils et filles du pays » pour vanter les effets de la gratuité des frais de scolarité, jamais à court de propos enjôleurs à l’adresse des « paysans », oubliant au passage la déconfiture de la filière coton, Boni Yayi est un redoutable compétiteur.

« Le président doit réformer son mode de gouvernance et ses méthodes de travail », reconnaît un visiteur du soir, qui milite ardemment pour la création d’un poste de Premier ministre afin de muscler et discipliner l’action gouvernementale. Certes, mais en attendant, si l’exercice du pouvoir a montré de sérieuses lacunes durant ce premier mandat, la reconquête de la magistrature suprême a été menée avec une certaine maestria.

Baronnies sudistes

En face, Adrien Houngbédji n’a jamais été en mesure de rivaliser sur ce terrain. « Son problème, c’est le peuple », persifle un diplomate, paraphrasant le général de Gaulle à propos de Giscard d’Estaing. Sous ses allures d’avocat policé et cultivé, affable mais parfois cassant lorsqu’on lui résiste, le « roi de Porto-Novo » – comme le surnomment ses détracteurs – est sans nul doute un habile stratège et un fin manœuvrier dans les dédales de la « politiciennerie béninoise ». En revanche, les discours sur les estrades ne sont pas forcément son fort. Son implantation dans le Nord est restée médiocre, pour ne pas dire dérisoire. Et la machine Un, censée rassembler les baronnies sudistes de la famille Soglo et de Bruno Amoussou, n’est pas encore cette magnifique machine à gagner rêvée par son concepteur, Léhady Soglo, fils de l’ancien président Nicéphore Soglo.

À l’analyse des résultats par rapport à 2006, le report des voix n’a pas été optimal. A contrario, s’appuyant sur un maillage d’élus locaux depuis les élections municipales de 2008, Boni Yayi s’est engouffré dans la brèche. Il engrange avec une facilité déconcertante des scores staliniens dans le Nord et fait mieux que résister dans le Sud puisqu’il est en tête dans le département le plus peuplé, l’Atlantique, et n’est dépassé que d’une courte tête à Cotonou, la capitale économique.

« L’Union est encore trop jeune pour fonctionner à plein régime. Les électeurs n’ont pas oublié les antagonismes entre fiefs et chefs locaux. Qui plus est, notre fonctionnement collégial nous a pénalisés. Pour chaque décision, il fallait convoquer la conférence des présidents de l’Un. Boni était beaucoup plus réactif », analyse un membre de l’état-major. Il n’est pas interdit, non plus, de questionner l’engagement réel – et notamment financier – des alliés de Houngbédji, qui, atteint par la limite d’âge, menait son dernier combat pour tenir le Graal le temps d’un seul mandat. En cas de victoire, cela aurait été une consécration pour un homme qui a mené toutes les batailles présiden­tielles depuis la conférence ­nationale de 1990. Au Bénin, on ne modifie pas la Constitution. La cadence de la recomposition politique s’en trouve donc accélérée. Et les calculs des présidentiables pour 2016 ont certainement parasité la conquête du pouvoir en 2011.

Un challengeur sonné

Cela suffit-il à expliquer un tel écart (500 000 voix sur 3,6 millions d’électeurs inscrits) entre un vainqueur par KO et un challengeur sonné ? Non, affirme Houngbédji, qui va jusqu’à dénoncer une « liquidation des acquis de la conférence nationale ». Persuadé d’être arrivé en tête, il s’est même présenté comme « le président élu » dans une déclaration fracassante, le 21 mars. Même tonalité chez Bio-Tchané. Dans un mémorandum argumenté et circonstancié, il a dénoncé des « fraudes massives ».

La liste des accusations est longue et gravissime si les faits venaient à être confirmés : bureaux de vote fictifs, notamment dans le Nord ; bourrage d’urnes avec des bulletins précachetés Yayi ; transport de matériels sensibles le jour du scrutin à l’insu de la Cena ; déverrouillage informatique au moment de la compilation… Le président de la Cena, Joseph Gnonlonfoun, a par ailleurs annoncé les résultats provisoires, sans attendre la séance plénière de la Commission composée de onze membres. « Le règlement intérieur ne le prévoyait pas », explique l’intéressé.

« Ce sont des accusations de mauvais perdants assommés par ce plébiscite », ajoute le porte-parole du président, Marcel de Souza. Après les vives contestations sur la liste électorale permanente informatisée (Lepi), le Bénin s’apprête donc à vivre une nouvelle séquence agitée. Des partisans de Houngbédji ont été violemment réprimés par la police, le 24 mars à Cotonou. Et Bio-Tchané avait déposé un recours en annulation que la Cour constitutionnelle a rejeté le 30 mars 2011, avant de déclarer « définitivement élu président de la République, Monsieur Boni Yayi ». Le sujet est donc loin d’être épuisé et pourrait être riche d’enseignements sur la réalité d’un scrutin « historique ». Même le tout-puissant Mathieu Kérékou n’est jamais parvenu à l’emporter dès le premier tour, entre 1996 et 2006. Un second tour aurait certainement été facteur d’apaisement. 

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