Politique

Quand les étudiants burkinabè rêvent de révolution arabe

| Par Jeune Afrique
Scène d'émeute, le 11 mars, à proximité de l'université de Ouagadougou.

Scène d'émeute, le 11 mars, à proximité de l'université de Ouagadougou. © Ahmed Ouoba/AFP

La mort d’un collégien, en février, a mis le feu aux poudres. Les manifestations se multiplient et les autorités crient à la récupération politique.

Ni le Fespaco, ni la mise à contribution du roi des Mossis – souvent sollicité pour les médiations sensibles – n’auront suffi à calmer les esprits. « Cela a même failli tourner au vinaigre lorsque les étudiants lui ont demandé de ne pas se décrédibiliser en parlant au nom du gouvernement », relate un témoin de la scène. Et quand on sait le prestige dont jouit encore le Mogho Naba, c’est dire à quel point la situation est tendue au pays des Hommes intègres.

Devant l’ampleur des manifestations qui ont secoué le pays après la mort d’un collégien de Koudougou (Centre), les autorités burkinabè crient à la manipulation, tandis que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, au pouvoir) a dénoncé dans un communiqué les troubles orchestrés par des « forces occultes ». Un argumentaire qui ne manque pas de faire réagir l’opposition et la société civile, qui fustigent le « manque de clairvoyance » de ceux qui dirigent le pays.

« Quand bien même il y aurait récupération politique, où est le problème ? » ironise Bénéwendé Sankara, président de l’Union pour la ­renaissance/Parti sankariste (Unir/PS). « Quand des policiers tirent à balles réelles sur des jeunes, il faut bien le dénoncer », argumente le principal opposant au président Blaise Compaoré. « C’est toujours la même rengaine, renchérit Tolé Sagnon, secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B). Chaque fois que les Burkinabè manifestent, on parle de manipulation ou de récupération politique. Les étudiants ne sont-ils pas capables de réfléchir par eux-mêmes ? D’aspirer à la liberté et à la justice ? »

Le point de départ, c’est la mort de Justin Zongo, collégien à Koudougou, le 20 février. Le jeune homme est officiellement décédé d’une méningite, mais pour ses camarades il a succombé aux mauvais traitements que lui ont infligés les forces de police. De Koudougou, les manifestations ont essaimé à Poa, Koupéla, Ouahigouya, Pouytenga, avec pour cibles principales toutes les représentations de l’État. Commissariats et préfectures ont ainsi été saccagés et brûlés. La réponse de la police a été brutale. Bilan : six morts, dont un élève de CE2.

Vie chère et corruption

Depuis, les revendications ont pris une autre dimension. Dans les rues, on entend parler de Blaise Sidiani, d’Émile Zigani, abattus en 1995, de Flavien Nébié, mort en 2000, et même du journaliste Norbert Zongo, décédé dans des circonstances toujours non élucidées. On parle de corruption, de vie chère, de népotisme et de révolutions arabes… « Les étudiants demandent plus de justice et plus de liberté, déclare Mahamadou Fayama de l’Association nationale des étudiants burkinabè. Nous organiserons des marches pacifiques jusqu’à ce que nous soyons écoutés. » Une détermination qui ne semble pas près de s’éteindre. Encore moins maintenant qu’ils ont à leurs côtés la Coalition nationale de lutte contre la vie chère. Au cours d’un grand meeting à la Bourse du travail de Ouagadougou, cette coalition qui regroupe une quarantaine d’associations et d’organisations syndicales a apporté son soutien aux organisations estudiantines et annoncé une grande marche pour le 8 avril.

« Il y a une grave crise de confiance entre les gouvernants et les gouvernés, explique Tolé Sagnon, secrétaire générale de la CGT-B et président de la Coalition. Et la façon dont le gouvernement a géré cette crise n’a rien fait pour arranger les choses. » Pour ne rien arranger, des soldats sont sortis de leur camp dans la nuit du 22 au 23 mars, à Ouagadougou. Ils ont tiré en l’air et pillé des boutiques pour protester contre la condamnation de cinq des leurs dans une affaire de mœurs.

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