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Cet article est issu du dossier «Ces francs-maçons qui vous gouvernent»

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Politique

Psychose au sein des loges ivoiriennes

En cette période de crise postélectorale, les francs-maçons font profil bas. Par peur de représailles, ils sont entrés en sommeil pour ne pas attirer l’attention des deux camps – et notamment de Simone Gbagbo.

A l’image de la classe politique ivoirienne, un profond clivage est apparu au sein des francs-maçons, partagés entre pro-Gbagbo et pro-Ouattara. Un tabou a été enfreint : la politique a franchi le seuil des temples, alors que l’un des règlements de la franc-maçonnerie l’y proscrit. Désormais, les initiés s’évitent comme la peste, par peur de représailles dans un pays qui traverse une nouvelle vague de violence. Une psychose règne au sein des obédiences du pays, qui ont préféré se mettre volontairement en mode silence. De fait, depuis l’éclatement de la crise postélectorale, les « frères » ivoiriens font profil bas.

La Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI), la plus célèbre, qui regorge d’une partie de l’élite politique, a même décidé de surseoir à son assemblée générale annuelle, organisée en avril depuis une dizaine d’années. « Ce n’est pas opportun de tenir un tel rassemblement, on l’a tout simplement reporté. Il ne faut pas donner matière à ceux qui nous combattent », confie, sous le couvert de l’anonymat, un membre influent de la GLCI

« On s’est mis en sommeil justement pour ne pas être accusé de quoi que ce soit ! On a déjà payé notre tribut en 1963 », explique un autre dignitaire de la GLCI, en référence à l’affaire du « complot du chat noir » dans le cadre de laquelle Félix Houphouët-Boigny avait fait arrêter plusieurs initiés. De même, les ateliers sont aujourd’hui suspendus au sein de la Grande Loge unie de Côte d’Ivoire (GLUCI), du Droit humain, de la Grande Loge féminine de France (GLFF), du Grand Orient ou encore du Memphis-Misraïm.

Exorciser. Qu’ils soient proches du camp Ouattara ou du camp Gbagbo, les « frères » se terrent comme les chrétiens sous le régime marxiste en ex-URSS. Simone Gbagbo a déclaré la guerre aux maçons ivoiriens, même s’il est de notoriété publique que son entourage immédiat est composé de plusieurs « fils de la lumière ». En 2003, juste après la signature des accords de Linas-Marcoussis, elle déclarait à un groupe de femmes chrétiennes : « Notre pays est la cible des mystiques, particulièrement des francs-maçons. »

Et les attaques ne se sont pas arrêtées là. En janvier, lors d’un rassemblement au Palais de la culture, la vice-présidente du Front populaire ivoirien (FPI) exhortait le public à exorciser la Côte d’Ivoire de l’esprit des francs-maçons.

Pourtant, ces derniers ont été au cœur de l’histoire politique ivoirienne. En 1992, pendant le procès des événements de février où Laurent Gbagbo et la direction du FPI comparaissaient pour casse et incendie, les « frères » ont joué de tous leurs réseaux pour faire libérer l’opposant à Houphouët-Boigny. Aujourd’hui, la plupart des « frères » admettent en sourdine la victoire de Ouattara. 

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