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Cet article est issu du dossier «Niger : démocratie, le grand retour ?»

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Politique

Au Niger, on voit l’avenir en rose

Les pro-Issoufou arborant les couleurs du parti, le 8 mars au stade Seïni Kountché de Niamey.

Les pro-Issoufou arborant les couleurs du parti, le 8 mars au stade Seïni Kountché de Niamey. © AFP

Le premier président de la VIIe République est élu. Et bien élu. Le scrutin a été transparent. Les législatives lui donnent la majorité à l’Assemblée. De quoi, a priori, avoir les coudées franches pour assurer aux Nigériens des lendemains meilleurs.

Il lui aura fallu quatre candidatures et deux décennies pour accéder enfin à la magistrature suprême. À 59 ans, Mahamadou Issoufou, ingénieur des mines jusqu’à son entrée en politique, en 1991, sera donc le premier président de la VIIe République du Niger. Un président civil, élu, le 12 mars, avec 57,95 % des suffrages exprimés, à l’issue du second tour d’un scrutin démocratique et transparent. Aboutissement du travail accompli par les autorités de la transition, en un peu plus de treize mois, pour remettre le pays sur les rails de la démocratie et du développement, cette élection réussie donne aux Nigériens – et à la communauté internationale – une trop rare occasion de voir l’avenir en rose, couleur de campagne et de prédilection du socialiste Issoufou.

Contrairement à ses précédentes tentatives – en 1992, 1999 et 2004 –, le natif de Dan Daji, un village de la région de Tahoua, a réussi, en 2011, à arracher le soutien d’une écrasante majorité de la classe politique. Entre les deux tours du scrutin (31 janvier et 12 mars), l’inamovible président du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya) a fait une bonne pêche.

De belles prises

Arrivé troisième à l’issue du premier tour avec 19,82 % des suffrages exprimés, l’ancien Premier ministre Hama Amadou, président et fondateur – il y a deux ans – du Mouvement démocratique nigérien pour une Fédération africaine (Moden-Lumana), annonce que son parti et lui-même se retirent de l’Alliance pour la réconciliation nationale (ARN) afin de rejoindre la Coordination des forces pour la démocratie et la République (CFDR), coalition des principaux partis de l’opposition à Tandja (devenue aujourd’hui la majorité), pour soutenir la candidature d’Issoufou.

Une alliance de poids quand on sait qu’avant même le bon résultat de son leader au premier tour de la présidentielle, le jeune parti d’Amadou avait réalisé de très beaux scores pour ses premiers scrutins. Lors des élections locales (municipales et régionales) du 11 janvier, ainsi qu’aux législatives du 31 janvier, le Moden-Lumana s’est imposé comme la troisième force politique du pays, après le PNDS-Tarayya et le Mouvement national pour la société de développement (MNSD-Nassara, ancien parti-État créé par Mamadou Tandja) de Seini Oumarou, qu’il talonne de très, très près.

Loin de se satisfaire de ce fort potentiel de report de voix, le candidat Issoufou fait deux autres prises de choix. Lui apportent leur soutien Hamid Algabid, le patron du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP, parti qui se réclame de l’héritage de feu Ibrahim Baré Maïnassara, l’ennemi juré d’Issoufou), ainsi qu’Amadou Boubacar Cissé, ancien Premier ministre du même Baré Maïnassara et président de l’Union pour la démocratie et la République (UDR), arrivé en huitième position à l’issue du premier tour de la présidentielle (1,6 % des voix).

Une droite laminée

Ces soutiens, traditionnellement acquis au MNSD-Nassara de son rival malheureux Seini Oumarou, ont été déterminants dans la victoire d’Issoufou. Amadou Boubacar Cissé est le premier à s’en féliciter : « Le président Issoufou disposera d’une large majorité au sein de l’Assemblée nationale puisque notre coalition, la CFDR, compte 78 députés sur un total de 107 [déclarés élus, NDLR]. » Une vague rose qui ne devrait pas se démentir, bien que 6 sièges restent à pourvoir pour que le Parlement soit au complet, les résultats des législatives dans la région d’Agadez ayant été invalidés par le Conseil constitutionnel de transition, le 16 mars.

Au lendemain du 7 avril, jour de son investiture, Mahamadou Issoufou devrait donc trouver une situation politique sous contrôle, avec, dans le rôle désormais de l’opposition, une droite laminée. En effet, si Seini Oumarou a bénéficié d’un résultat honorable de plus de 42 % des suffrages exprimés au second tour de la présidentielle, la coalition qui l’a soutenu a connu un cuisant échec aux législatives. L’ARN, formée par le MNSD-Nassara, la Convention démocratique et sociale (CDS-Rahama) de Mahamane Ousmane et une vingtaine de petites formations, n’a obtenu que 28 sièges au sein de la nouvelle Assemblée nationale, dont 25 pour le MNSD-Nassara et seulement 3 pour le CDS-Rahama. Alors qu’ils comptaient respectivement 47 et 22 députés au cours de la législature 2004-2009… C’est dire l’ampleur de la défaite.

Capital sympathie

Autre bonne nouvelle pour le pays et pour le nouveau président élu : le capital sympathie accumulé par le Niger auprès de la communauté internationale à la suite de la transition militaire. Le pari de réconcilier les Nigériens après le douloureux épisode du tazartché (« continuité » en haoussa, slogan utilisé pour légitimer le maintien de Tandja au pouvoir), d’assainir les finances publiques, de doter le pays d’une nouvelle Constitution et d’organiser le retour des civils au pouvoir a été tenu, et dans les temps.

Cette image positive devrait bénéficier, en premier lieu, à Mahamadou Issoufou. Elle ne sera pas de trop au moment de chercher les financements devant permettre de concrétiser ses ambitions pour le pays. Car, même s’il étrenne une nouvelle ère prometteuse, tant en termes de progrès démocratiques que de croissance économique, le pays est toujours dans l’urgence… Les implacables chiffres du rapport sur le développement humain publié par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), qui le place en queue de classement – 167e sur 169 pays évalués –, sont là pour lui rappeler qu’il reste l’un des États les plus pauvres du monde. Les deux tiers de sa population vivent au-dessous du seuil de pauvreté (moins de 1,25 dollar par jour), et 85 % avec moins de 2 dollars par jour.

Durant son mandat (de cinq ans, renouvelable une seule fois), le nouveau président veut investir 6 000 milliards de F CFA (plus de 9 milliards d’euros) dans des projets structurants afin d’améliorer le quotidien de ses 15,7 millions de concitoyens. « C’est un effort considérable au vu des capacités du Niger, note Adama Garba, cadre dans une banque de la place. Mais le défi n’est pas insurmontable. Pour peu que les projets soient bien mûris, le président Issoufou n’aura aucun mal pour trouver les financements. » 

Des fronts chauds

Le mois de mars n’a cependant pas apporté que des bonnes nouvelles à l’enfant de Dan Daji. Les mauvaises viennent d’un front distant de plusieurs milliers de kilomètres : des malheurs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Le séisme et le tsunami qui ont ravagé les côtes orientales du Japon ont en effet provoqué un effondrement des cours de l’uranium, principale source de revenus pour le Trésor public nigérien. Mais les fluctuations attendues du cours de la livre de yellow cake n’entament ni l’euphorie de la victoire ni l’optimisme de la population, des opérateurs économiques et des bailleurs internationaux. D’ailleurs, dans quelques mois, et après un demi-siècle d’attente, le Niger deviendra un pays exportateur de pétrole. Comme le dispose la nouvelle Constitution et comme le candidat Mahamadou Issoufou l’a promis aux électeurs, les recettes fiscales générées seront mises à contribution pour la réussite du programme quinquennal.

Autre promesse électorale : garantir la sécurité des biens et des personnes en menant une lutte sans merci contre les djihadistes d’Aqmi et la criminalité transfrontalière. Pour cela, le nouveau chef de l’État pourra compter sur l’armée, cette institution qui, en tenant ses engagements, a créé, de facto, les conditions de sa victoire. Merci qui ?

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Repères

Superficie 1 267 000 km2

Population 15,7 millions d’habitants, dont 49,2 % ont moins de 15 ans et 21 % sont des urbains

Croissance démographique 3,3 %

Capitale Niamey (1,3 million d’hab., soit 8,3 % de la population)

Indice de développement humain (IDH) 0,261 (167e rang sur 169 pays)

Espérance de vie 52,5 ans

Pauvreté 65,9 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté (1,25 dollar par jour)

Illettrisme 71 %

Monnaie Franc CFA

PIB 5,6 milliards de dollars*

Répartition du PIB par secteur Primaire 40,3 % ; secondaire 15,2 % ; tertiaire 37,9 % ; impôts sur les produits 6,6 %

Inflation 3,4 %*

* Estimation FMI pour 2010

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