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Cet article est issu du dossier «Niger : démocratie, le grand retour ?»

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Elections

Soyons exemplaires

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Par  Marou Amadou

Marou Amadou, le président du Conseil consultatif national (CCN), le 15 octobre 2010 à Rome.

Marou Amadou, le président du Conseil consultatif national (CCN), le 15 octobre 2010 à Rome. © AFP

Marou Amadou est le président du Conseil consultatif national (CCN) et un ancien opposant à l’ex-président nigérien Mamadou Tandja.

Avec l’achèvement du processus électoral, le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) a relevé le défi et, surtout, tenu tous ses engagements. Le travail accompli est immense. Cinq scrutins en six mois, dans un pays aussi vaste, avec des ressources dérisoires, il fallait le faire ! Mieux, la transition a doté la VIIe République de lois qui renforcent les institutions et sont en phase avec les aspirations du peuple nigérien. Elle a mis en place un cadre cohérent, capable d’impulser le progrès démocratique et social.

Ces bases ouvrent au Niger de belles perspectives et nous donnent aujourd’hui l’opportunité de transformer radicalement la situation de notre pays. Pour qu’il en soit ainsi, il convient cependant d’insister sur certains points essentiels.

Les Nigériens attendent des nouvelles autorités qu’elles fassent respecter rigoureusement les libertés publiques, garantissent la justice et l’État de droit, et stabilisent les institutions républicaines.

L’une des maladies infantiles des néodémocraties ­africaines réside dans l’instabilité et la fragilité des institutions démocratiques. Si ces dernières ne fonctionnent pas régulièrement et par leurs propres mécanismes, il n’y a pas de démocratie durable. S’inspirant de l’histoire politique du Niger, la Constitution de la VIIe République a mis en place un dispositif institutionnel clair, précis et par endroits avant-gardiste pour fixer les prérogatives des différents pouvoirs et protéger les institutions judiciaires.

Le Niger démocratique doit être un Niger sûr. Sa position géostratégique, les potentiels qu’il recèle, les conséquences de plusieurs années de conflits cycliques et les incursions avérées de certains groupes terroristes font de la sécurité un enjeu de taille pour le pays. Il convient de mettre en place les moyens nécessaires afin de garantir la libre circulation des biens et des personnes sur l’ensemble du territoire, et d’assurer la défense et l’intégrité des frontières nationales. L’insécurité est le plus sûr moyen de plomber n’importe quelle action de développement. Notre pays doit mettre autant d’exemplarité et de dynamisme pour participer à des efforts coordonnés en matière de lutte contre le terrorisme et les trafics dans l’espace sahélo-saharien que pour se positionner comme un modèle de démocratie en Afrique.

Il faut gérer le Niger sur la base des standards de la gouvernance démocratique et économique et diriger le peuple sur la base des valeurs éthiques et morales telles que proclamées dans le pacte républicain, instrument sur lequel pourront être édifiées et consolidées les valeurs qui exaltent le dévouement à la collectivité, la responsabilisation du citoyen, la reddition des comptes et la transformation de la société. En matière de finances publiques, l’orthodoxie et la sacralisation des biens publics doivent être les seuls repères, avec pour corollaire une lutte résolue contre la corruption. Il s’agit aussi de réaffirmer la souveraineté nationale sur les ressources naturelles en veillant à ce qu’elles profitent davantage au peuple nigérien, et de créer des emplois en nombre et de telle manière que la jeunesse ne soit plus en marge de la construction nationale.

Ultime priorité : sortir des famines et crises alimentaires cycliques, de l’extrême pauvreté et du sous-développement. La famine ne peut et n’a jamais été une fatalité dans les sociétés bien gouvernées. Le Niger doit briser le cercle vicieux qui en fait une situation presque « normale » tous les cinq ans – souvent moins. Une politique agricole ambitieuse doit être mise en œuvre pour la réalisation du droit à l’alimentation. À cet égard, il faut donner un contenu concret aux nouveaux droits constitutionnalisés – droits à l’alimentation, à l’eau potable, à la santé, à l’éducation –, qui sont fondamentaux et sur lesquels aucun compromis n’est possible. Durant des années, de manière continue, les indicateurs du Niger dans ces domaines ont été les plus mauvais du monde. Il faut absolument renverser cette tendance. 

Ma conviction est qu’un peuple fier et déterminé est toujours apte à changer son destin ou même le cours de l’Histoire. Le peuple nigérien en a donné assez souvent la preuve. À ce peuple-là, on est toujours obligé de donner le meilleur de soi-même. C’est une évidence, les Nigériens n’accepteront ni une démocratie de façade ni un état permanent de misère. Il revient à ceux qui vont ou veulent diriger ce pays de le savoir et de l’intégrer dans leur agenda politique. 

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