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Cet article est issu du dossier «Niger : démocratie, le grand retour ?»

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Politique

Transition nigérienne : le parcours des combattants

| Par Jeune Afrique
Djibo et des militaires de la junte lors du cinquantenaire de l'indépendance, le 3 août 2010.

Djibo et des militaires de la junte lors du cinquantenaire de l'indépendance, le 3 août 2010. © AFP

En février 2010, les autorités issues du coup d’État s’engageaient à rétablir les conditions de la démocratie et à remettre le pays sur les rails du développement. Retour sur un marathon de treize mois.

Ce 14 mars 2011, à Niamey, en annonçant la victoire de Mahamadou Issoufou à la présidentielle, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) met un point final à un peu plus de treize mois de transition militaire. Une année de réformes pour « assainir les finances publiques, réconcilier les Nigériens et restaurer la démocratie », menées tambour battant par le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) et son chef, le général Salou Djibo.

Le pari n’était pas gagné d’avance. Quand les militaires arrivent aux affaires, le 18 février 2010, le pays est exsangue. La croissance est négative (– 0,9 % en 2009 selon le ministère de l’Économie et des Finances). Les budgets ne sont bouclés que grâce au soutien des bailleurs de fonds internationaux. Les retombées de l’exploitation d’uranium, dont le Niger est pourtant le sixième producteur mondial, sont quasi invisibles. Comme souvent à la saison sèche, la crise alimentaire sévit. Et cette fois-ci très durement. Plus de 7 millions de Nigériens, près de la moitié de la population, sont en situation d’insécurité alimentaire. 

Scepticisme

Au lendemain du coup d’État, c’est donc avec beaucoup de scepticisme que les Nigériens accueillent la nomination au poste de Premier ministre de Mahamadou Danda, qui avait notamment été le porte-parole du gouvernement de transition en 1999 après le putsch contre Ibrahim Baré Maïnassara. Issu de l’École nationale d’administration (ENA) de Niamey, titulaire d’un doctorat en sciences politiques, l’homme est réputé sérieux et efficace. Avec une équipe resserrée de vingt ministres, parmi lesquels cinq militaires, le chef du gouvernement de la transition s’attelle à l’établissement d’un diagnostic de la situation économique et sociale du pays.

La première urgence ? « Assurer les salaires des fonctionnaires », se souvient Mamane Malam Annou, ministre de l’Économie et des Finances de la transition. D’autant que les Nigériens ont un élément de comparaison : lors de la précédente transition, d’avril à novembre 1999, « nous n’avons été payés qu’une seule fois », témoigne un fonctionnaire. 

VIIe République

La Constitution révisée en août 2009 étant suspendue par le CSRD, une nouvelle Loi fondamentale doit être élaborée, qui marquera le début de la VIIe République. Le projet est préparé par le Comité consultatif national (CCN), présidé par Marou Amadou, un militant des droits de l’homme qui doit au président déchu de fréquents séjours à la prison de haute sécurité de Koutoukalé (à 40 km à l’ouest de Niamey).

Adoptée par référendum le 31 octobre 2010 avec plus de 90 % des suffrages et promulguée le 25 novembre, la Constitution de la VIIe République fixe à cinq ans la durée du mandat présidentiel, qui n’est renouvelable qu’une seule fois, et amnistie au passage les auteurs du coup d’État du 18 février. Elle inclut par ailleurs des dispositions inédites afin de donner un cadre strict aux activités d’exploration et d’exploitation du sous-sol : les contrats de prospection et d’exploitation doivent désormais être publiés au Journal officiel, et les recettes générées prioritairement affectées aux domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et de l’élevage.

Le pays est extrêmement dépendant de ces deux derniers secteurs, qui représentent 40 % de son PIB, mobilisent près de 85 % de sa main-d’œuvre, sans jamais parvenir à couvrir les besoins alimentaires de sa population. Pis, le secteur agropastoral est totalement paralysé dès qu’un fort déficit pluviométrique survient – au moins une année sur trois –, plongeant chaque fois le pays dans des crises alimentaires plus ou moins sévères. Comme ce fut le cas l’an dernier. 

Transparence

Alors que l’administration Tandja avait tendance à masquer les effets « trop visibles » de la malnutrition chronique de son pays, « au contraire, le gouvernement de la transition ne s’est pas voilé la face, et c’est ça qui a fait la différence », explique Moustapha Kadi, coordinateur du programme de gestion de la crise alimentaire 2010 au Niger. Les autorités font appel à la communauté internationale et réussissent à mobiliser 90 000 tonnes de céréales pour nourrir le peuple nigérien, n’hésitant pas à laisser les ONG internationales prendre le relais dans les zones les plus sinistrées, où l’absence de soins médicaux s’ajoute à la disette.

Au même moment, alors qu’ils passent en revue les anciens programmes internationaux signés en faveur du Niger, les services du ministère de l’Économie et des Finances font une surprenante découverte. Enveloppes débloquées après la Conférence internationale de Doha sur le financement du développement en 2008 et à la conférence « Qui va nourrir le monde ? », tenue à Bruxelles en 2008, ou encore « bonus des Chinois » (la rétrocession à l’État nigérien d’une partie des coûts d’étude et d’exploration minière) : ce sont plus de 1 539 milliards de F CFA (2,3 milliards d’euros) d’aide dont le pays pourrait bénéficier… si elles avaient été réclamées et que les dossiers n’étaient pas en train de dormir au fond des tiroirs. « Le Niger ne travaillait pas, résume un inspecteur des Finances. Les ministres n’avaient pas les compétences pour dépenser les budgets convenablement. Ils ne savaient pas gérer les marchés publics, ils n’avaient pas d’approche programme. » 

Satisfaction

Depuis la dissolution du Parlement en mai 2009, le très controversé référendum d’août organisé par Tandja pour proroger son mandat, et les tout aussi controversées législatives – boycottées par l’opposition –, les relations du pays avec la communauté internationale s’étaient considérablement tendues jusqu’au putsch du 18 février 2010, unanimement condamné dans un premier temps.

Passée la mise en place de la transition militaire, au fur et à mesure des engagements pris et des travaux accomplis par ses acteurs, la confiance revient. Le dialogue reprend avec l’Union européenne – qui propose, en juillet 2010, une reprise graduelle de l’aide au développement –, puis avec le Fonds monétaire international (FMI) en septembre, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) en novembre. Les programmes de coopération et d’aide au développement reprennent, tandis que le CSRD parvient à mobiliser 22 milliards de F CFA auprès de la communauté internationale pour la tenue des consultations électorales.

Grâce à cette contribution, le gouvernement de transition s’enorgueillit d’avoir organisé cinq scrutins en ne dépensant que 8 milliards de F CFA de ressources propres, soit 7 milliards de F CFA de moins que Tandja pour le seul référendum d’août 2009 (que les bailleurs de fonds avaient refusé de financer)… « Toutes les factures ne sont pas encore réglées, tempère un militant des droits de l’homme. Rien ne dit qu’au final les coûts pour l’État nigérien ne seront pas les mêmes et que les contribuables ne devront pas payer la facture… » L’équipe du président Mahamadou Issoufou aura cinq ans pour solder les comptes. 

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