Archives

Une croissance à deux vitesses

© FMI

Selon le FMI, l’économie mondiale progressera de 4,4 % cette année, contre 5 % en 2010. Les pays en développement demeurent le fer de lance de l’activité de la planète, tandis que la zone euro se traîne.

Plus que jamais, l’économie de la planète est coupée en deux. Le « Panorama mondial » (« World Economic Outlook ») qu’a publié le Fonds monétaire international (FMI), lundi 11 avril à Washington, montre des pays industrialisés englués dans une croissance molle de 2,4 % en 2011 et de 2,6 % en 2012, alors que les pays émergents ou en développement devraient caracoler à 6,5 % durant chacune de ces deux années, à peine moins que les 7,3 % réalisés en 2010.

À l’exception de la Grèce, du Portugal et de la Côte d’Ivoire, aucun pays ne connaît plus la récession, car « l’économie mondiale a retrouvé de la vigueur et les craintes de rechute ne se sont pas concrétisées », a souligné Olivier Blanchard, économiste en chef au FMI. Même si la croissance planétaire se tasse un peu : 4,4 % prévus en 2011, contre 5 % l’an dernier. Ces bonnes nouvelles s’expliquent d’abord par le fait que la demande privée a pris le relais des plans de relance dans les pays avancés. Les pays en développement, eux, ont pratiquement retrouvé leur tonus d’avant la crise grâce à leurs exportations.

L’Asie en tête

Si l’on fait le tour des continents et des zones, c’est une fois de plus l’Asie qui mène (8,4 % de croissance en 2011), entraînée par une Chine toujours trépidante (9,6 %) et par l’Inde (8,2 %). L’Afrique subsaharienne (lire ci-contre) se classe deuxième (5,5 %), devant la Communauté des États indépendants (5 %), l’Amérique latine (4,7 %), l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient (4,1 %), et l’Europe centrale et orientale (3,7 %).

L’Amérique du Nord est loin derrière, avec une croissance de 2,8 % pour les États-Unis comme pour le Canada. La zone euro se traîne (1,7 %), avec l’Allemagne à 2,5 %, le Royaume-Uni à 1,7 %, la France à 1,6 %, l’Italie à 1,1 % et l’Espagne à 0,8 %. Le Japon, meurtri par le séisme et le tsunami, retombera à 1,4 % (après 3,9 % en 2010), encore heureux d’éviter la récession si la crise nucléaire de Fukushima et le rationnement en électricité se résolvent dans les prochaines semaines.

Le FMI ne dispense donc pas les mêmes conseils aux deux groupes de pays. Pour le monde en développement, sorti quasiment indemne de la crise, c’est la surchauffe qui menace. L’inflation reprend de la vigueur et dépasse les 10 % au Vietnam, en Géorgie, en Argentine, au Nigeria ou en Angola. Les capitaux affluent dans ces économies dont le taux de croissance fait miroiter des bénéfices bien supérieurs à ceux attendus dans les pays du Nord, mais qui déstabilisent leur balance des paiements et leurs marchés financiers. Le FMI leur conseille de miser sur le développement de leur demande intérieure, de relever leurs taux d’intérêts, de réduire les déficits budgétaires creusés par leurs plans de relance anticrise et de mettre en place des contrôles de capitaux pour dissuader la spéculation à très court terme – une nouveauté pour le FMI qui a longtemps considéré que le laisser-faire était préférable.

Déficits budgétaires

Aux pays développés, qui se trouvent dans l’incapacité de faire baisser un taux de chômage frôlant les 10 %, le FMI propose de jouer la carte de la demande extérieure et des exportations. Il suggère encore de ne pas supprimer trop vite les déficits budgétaires afin de soutenir la croissance, sauf pour les États-Unis, seul pays riche qui verra s’aggraver le sien en 2011 et dont la montagne de dettes (14 200 milliards de dollars, soit 9 825 milliards d’euros) a atteint un niveau « insoutenable ». Les États-Unis sont encore priés d’assainir un marché immobilier toujours malade de la bulle créée par les subprimes. En revanche, la vieille Europe se voit conseiller d’assainir ses finances publiques et de mieux surveiller son secteur bancaire, dont la recapitalisation et la transparence ne sont toujours pas à la hauteur des besoins.

L’économie mondiale est-elle pour autant tirée d’affaire ? Pas sûr, répond prudemment le FMI. Des incertitudes demeurent. Le prix du pétrole, qui lui a servi à faire ses ­prévisions, est de 108 dollars le baril. Il est évident que des interruptions de production pour des raisons politiques ou techniques provoqueraient un renché­rissement dont l’institution apprécie mal les effets. Autre menace : la hausse des cours des matières pre­mières alimentaires peut contribuer à relancer l’agriculture vivrière dans les pays du Sud, mais elle pourrait aussi ­provoquer des troubles sociaux parmi leurs populations urbaines. Le FMI demande aux gouvernements de ne pas détraquer leurs économies par des mesures budgétaires ou fiscales inconsidérées et de ne subventionner la nourriture que de façon très ciblée, c’est-à-dire uniquement au profit des plus démunis.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte