Politique

Côte d’Ivoire : Gbagbo and Co. : paysage après la chute

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Pour la plupart en fuite ou placés en résidence surveillée, les anciens piliers du régime se font discrets. Petite revue de détail.

Depuis l’arrestation de Laurent et Simone Gbagbo, le 11 avril, les ex-barons du régime ne vivent plus sous les ors de la République. Si certains ont réussi à se cacher ou à partir à l’étranger, d’autres ont subi l’humiliation d’une arrestation médiatisée et parfois même un passage à tabac. « Nous n’avons pu contenir les débordements de certains de nos militants, reconnaît un proche du président, Alassane Ouattara. L’isolement et la confiscation des téléphones de certaines personnes visent à empêcher tout trouble de l’ordre public et à les protéger. Plusieurs d’entre elles pourraient être poursuivies par la justice. »

Le chef de l’État souhaite faire la lumière sur les crimes politiques et économiques commis depuis l’auto-investiture de Gbagbo, le 4 décembre 2010. Il a confié le soin au nouveau procureur par intérim de la République, Koffi Kouadio Simplice, de mener des enquêtes préliminaires contre les époux Gbagbo et contre les principales figures de leur entourage (pour atteinte à la sûreté de l’État, achat illégal d’armes et détournement de fonds publics). Ils ont reçu la visite de magistrats ces jours-ci. De quoi étayer un dossier d’accusation et prolonger leur détention provisoire en attendant un éventuel jugement.

 

Kadet Bertin

L’homme invisible

Mystère total concernant l’ex-sécurocrate de Laurent Gbagbo. Neveu du président sortant, il avait l’entière confiance de son oncle. Victime d’un accident de circulation le 25 mars, il a été soigné à la Polyclinique internationale Sainte-Marie d’Abidjan (Pisam). Il en est sorti peu avant l’offensive générale des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) sur la métropole et s’est évanoui dans la nature de peur des représailles. L’un de ses collègues du FPI le dit à l’étranger.

 

Pascal Affi N’Guessan

Exilé dans le Nord

Quand il a senti le vent tourner, Pascal Affi N’Guessan (1), le président du Front populaire ivoirien (FPI), s’est d’abord réfugié sur la base militaire française de Port-Bouët, puis à la Pergola, hôtel du quartier de Marcory, à Abidjan, où logent de nombreux Casques bleus. Le 23 avril, il était en pleine interview avec des journalistes de RFI et de France 24 lorsque des éléments des FRCI ont mis un terme à l’entretien (embarquant au passage le matériel des reporters). Suspecté par l’entourage de Ouattara de vouloir entrer en contact avec Ibrahim Coulibaly, dit IB (chef du « commando invisible » d’Abobo, tué le 27 avril), et de vouloir déstabiliser le pouvoir, il a été conduit au Golf Hôtel, puis placé en résidence surveillée à Bouna, dans le nord-est du pays.

 

Paul Bohoun Bouabré

En fuite

Le ministre du Plan et du Développement de Laurent Gbagbo était hors de Côte d’Ivoire au moment de l’offensive sur Abidjan. Après un bref séjour au Togo, il a été aperçu, fin avril, en Israël. Selon ses proches, il aurait également fait un saut à Bahreïn, dans les Émirats arabes unis. Aujourd’hui, ce natif d’Issia, à qui l’on attribue une fortune colossale, est soupçonné par le camp Ouattara de vouloir préparer la riposte en organisant les patriotes restés à Abidjan.

 

Mamadou Koulibaly et Paul Yao N’Dré

Un petit tour et puis s’en va

Alassane Ouattara a affrété un jet privé pour les faire revenir du Ghana. Au sortir de son audience avec le chef de l’État, le 20 avril, Mamadou Koulibaly (2) a plaidé pour un retour rapide à la légalité constitutionnelle. Le président de l’Assemblée nationale a notamment demandé que les décrets présidentiels soient validés par les députés. Il a également fustigé les pillages et les représailles dont sont l’objet les membres du FPI. Le lendemain, Ouattara s’est entretenu pendant trois quarts d’heure avec Paul Yao N’Dré (3). Visiblement tendu, le président du Conseil constitutionnel est revenu sur la crise postélectorale – « Nous sommes allés trop loin », a-t-il confié – avant de parler de responsabilité collective. Ouattara devrait être investi le 21 mai à Yamoussoukro. Dans son entourage, beaucoup ne souhaitent pas que Yao N’Dré, qui avait validé l’élection de Laurent Gbagbo, soit à la manœuvre et préféreraient faire appel au président de la Cour suprême. Koulibaly et Yao N’Dré sont repartis au Ghana après leurs entrevues respectives.

 

Alain Toussaint

L’agitateur

Arrivé à Paris en janvier, l’ancien conseiller de Gbagbo, qui a la nationalité française, a coordonné et organisé les protestations et manifestations de rue en Europe. Il était très régulièrement invité sur les plateaux de télé et régulièrement vu aux côtés des avocats Roland Dumas et Jacques Vergès, qui ont publiquement pris fait et cause pour l’ex-président.

 

Alcide Djédjé

Le médiateur désavoué

Après l’attaque de la résidence présidentielle, le 11 avril, celui dont Gbagbo avait fait son ministre des Affaires étrangères a appelé le patron de la mission des Nations unies en Côte d’Ivoire. Choi Young-jin lui a envoyé une escorte pour le ramener à son QG de Sebroko. Djédjé avait déjà négocié, les 4 et 5 avril, à la demande de Gbagbo, un accord de reddition avec l’ambassadeur de France à Abidjan. Ce qui lui avait valu les foudres de Simone Gbagbo, qui l’avait chassé de la résidence. La veille de son arrestation, le président sortant l’a sollicité pour une nouvelle tentative de négociation, mais, cette fois, les diplomates occidentaux n’ont pas donné suite. Djédjé était à la Pergola, le 28 avril, mais le camp Ouattara souhaitait l’envoyer dans le Nord à son tour.

 

Gilbert Marie Aké N’Gbo

À la Pergola

L’ex-Premier ministre de Gbagbo se trouve, avec d’autres membres de son gouvernement (dont Danièle Boni Claverie, ministre de la Famille du président sortant) et d’anciens piliers du régime, à la Pergola. Philippe-Henri Dacoury-Tabley, proche de Gbagbo et ex-gouverneur de la Banque centrale des états de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), y demeure également.

 

Jean-Jacques Bechio

Bastonné

Ancien ministre de la Fonction publique sous Houphouët-Boigny, proche soutien de Laurent Gbagbo, Jean-Jacques Bechio s’est rendu au Golf Hôtel au lendemain de l’arrestation de « son » président. Mal lui en a pris. Dès son arrivée dans le hall de l’établissement, il a été bastonné. Il est aujourd’hui en résidence surveillée à Katiola, dans le Nord, en compagnie de Geneviève Bro-Grébé, ancienne ministre des Sports de Gbagbo.

 

Blé Goudé, Gossio, Don Mello

Portés disparus

Le camp Ouattara a distillé des informations très contradictoires sur Charles Blé Goudé. On a d’abord dit que le « général de la rue » avait été capturé, avant d’affirmer le contraire. Natif du village de Kpôgrébé, dans la région de Gagnoa (Centre), il a été repéré début avril aux alentours de Dabou, près d’Abidjan. Il était accompagné d’éléments de la garde républicaine, de la police et de l’armée (une vingtaine d’hommes au total). Il changeait régulièrement de planque et évitait de parler au téléphone. Selon nos informations, il se cacherait maintenant au Ghana. On est également sans nouvelle de Marcel Gossio (4). Arrêté à la résidence présidentielle, l’ex-directeur du Port autonome d’Abidjan a monnayé sa libération auprès de soldats qui se rappelaient qu’il avait autrefois aidé l’un d’entre eux. Certains le disent en cavale aux côtés de Charles Blé Goudé.

Ahoua Don Mello, ex-ministre de l’Équipement de Gbagbo et porte-parole de son gouvernement, est lui aussi porté disparu. La rumeur le dit tantôt replié sur une de ses résidences secondaires près d’Abidjan, tantôt caché à Paris.

 

Laurent Dona Fologo

Rallié

À l’aube de l’offensive des FRCI sur Abidjan, Laurent Dona Fologo (5) a demandé une protection onusienne. Après la chute de Gbagbo, le président du Conseil économique et social s’est précipité au Golf Hôtel pour faire allégeance à Ouattara. Il n’a pas été inquiété et réside toujours à Abidjan.

 

Pendant ce temps, les militaires…

Le sort réservé aux chefs militaires du régime Gbagbo dépend de leur degré de fidélité à l’ancien président. Ceux qui ont joué la neutralité ou qui ont rallié le camp Ouattara, comme le général Philippe Mangou, chef d’état-major de l’armée, le général Édouard Tiapé Kassaraté, patron de la gendarmerie, et le général Guiai Bi Poin, chef du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), ont été maintenus à leur poste. Ce n’est pas le cas du général Bruno Dogbo Blé, commandant de la garde républicaine. Accusé par les pro-Ouattara d’être responsable d’exactions, il a été arrêté le 14 avril dans un studio de l’immeuble Harmonie au Plateau, puis conduit en pyjama au Golf Hôtel. Il a ensuite été transféré au camp militaire du commandant Fofié Kouakou, à Korhogo. Autre ancien pilier du régime Gbagbo, le contre-amiral Vagba Faussignaux, commandant de la marine nationale. Ses hommes ont repoussé plusieurs assauts des FRCI jusqu’à ce que sa base de Locodjro soit pilonnée par l’armée française, le 10 avril. Blessé pendant la bataille, il est actuellement en convalescence à Abidjan. Jean-Noël Abéhi, commandant du groupe des escadrons blindés, a organisé la résistance à la caserne de gendarmerie d’Agban. Son unité a plusieurs fois mis en déroute les FRCI. Il est aujourd’hui en fuite.

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