Société

Former, pas discriminer ! par Lilian Thuram

Ancien défenseur de l’équipe de France, champion du monde 1998, champion d’Europe 2000, Lilian Thuram s’exprime sur l' »affaire des quotas ».

Mis à jour le 17 mai 2011 à 12:36
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Lilian Thuram. © Vincent Fournier/J.A.

Après un Mondial 2010 catastrophique, je trouve légitime que les instances fédérales du football s’interrogent sur l’avenir. La France ne gagne plus de trophées ? Ayons une réflexion sur le jeu : quelle philosophie permettrait de gagner plus de matchs ; quelle tactique mettre en place, comment se positionner sur le terrain… Le choix de la philosophie détermine le profil des joueurs. Voilà la réflexion que la Direction technique nationale devrait mener.

À Bixente Lizarazu, qui soutenait que le football discriminait les joueurs de petite taille, j’avais répondu que non, car, au FC Barcelone, le meilleur joueur du monde était Lionel Messi. Cette histoire de grands ou de petits ne tient pas debout. À Barcelone, il y a certes des joueurs de petite taille, mais il y a aussi des joueurs comme Piqué, qui mesure 1,92 m, Busquets, 1,89 m, qui sont d’une qualité technique semblable aux autres.

Une réflexion sur les orientations techniques et tactiques (jeu au sol ou jeu long…) doit être menée lors de la formation des jeunes. Elle devrait conduire à des ajustements dans les centres de formation, voire dans la formation des formateurs. Elle serait plus constructive que cette détestable discussion sur la morphologie, les origines ou la couleur des joueurs. Que veut dire le « On ne peut pas leur faire confiance » qu’on lit dans la retranscription du débat publiée par Mediapart ? Est-ce une réflexion qui vise à éliminer ce type de joueurs précisément ? Je m’interroge. Quoi qu’il en soit, on ne peut élaborer une politique sportive en discriminant des enfants de 12 ans. Ce n’est pas acceptable.

S’agissant des binationaux formés en France qui choisissent une sélection étrangère, c’est un faux problème. Les meilleurs ont toujours joué pour la France. À l’inverse, pendant des années et dans leur intérêt, des clubs ont favorisé l’obtention de la nationalité française à des dizaines de joueurs venus d’ailleurs. Avant que la Fifa ne permette aux binationaux de jouer pour l’une ou l’autre sélection, combien de joueurs non sélectionnés chez les Bleus n’ont pas eu de carrière internationale ? Si la règle n’est pas bonne, changeons-la. Mais, en attendant, il faut s’y tenir.