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Cet article est issu du dossier «Spécial Ben Laden : le djihad sans tête»

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Politique

Aqmi : un djihadisme mafieux

| Par Jeune Afrique
L’émir Abdelmalek Droukdel (à dr.) en compagnie d’un de ses lieutenants.

L'émir Abdelmalek Droukdel (à dr.) en compagnie d'un de ses lieutenants. © AFP

Le chef d’Al-Qaïda entretenait avec les islamistes radicaux algériens des relations anciennes, mais peu suivies. Sa disparition ne devrait rien changer à leur stratégie. Mais porter un coup à leur légitimité.

Quatre jours après l’annonce de l’élimination d’Oussama Ben Laden, Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud, l’émir algérien d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), n’avait toujours pas réagi. Sans doute attendait-il la confirmation de la mort de son mentor, intervenue depuis sur certains sites islamistes qui relaient les informations à usage interne.

L’histoire des relations entre Ben Laden et les djihadistes algériens commence au milieu des années 1980, quand le premier s’engage en Afghanistan pour combattre les Soviétiques. Pour sa protection et celle de son Maktab al-Khadamat (littéralement : bureau des prestations), sorte de direction logistique du djihad, Ben Laden s’entoure essentiellement d’Algériens. En 1989, après le retrait soviétique, une partie de cette garde prétorienne rentre en Algérie et fonde les premiers Groupes islamiques armés (GIA), de sinistre mémoire.

Front mondial djihadiste

C’est en septembre 1990 que son nom est pour la première fois mentionné (avec celui d’Ayman al-Zawahiri) par les services algériens. Le Front islamique du salut (FIS) vient de remporter haut la main les municipales. Ben Laden et Zawahiri tentent de convaincre le FIS d’ouvrir en Algérie un Front mondial djihadiste contre l’Occident impie et, dans cet objectif, dépêchent à Alger un émissaire égyptien, membre du Djihad islamique. La direction du FIS, qui se sent le vent en poupe, n’écoute que d’une oreille distraite. Ce serait, estime-t-elle, une erreur tactique de nature à contrarier sa stratégie de conquête du pouvoir… On sait ce qui advint.

Au milieu des années 1990, Ben Laden revient à la charge en provoquant une scission au sein des GIA, alors dirigés par Djamel Zitouni. Il reproche à ce dernier de discréditer le djihad en multipliant les massacres de civils. Au début de 1998, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) voit le jour. Mais des querelles de leadership l’empêchent, en février de cette même année, à Peshawar (Pakistan), de participer à la réunion qui débouchera sur la création d’Al-Qaïda. Ce n’est que partie remise. En septembre 2006, le GSPC fait allégeance à Al-Qaïda et officialise son adhésion, au mois de février suivant, en adoptant l’acronyme Aqmi. Deux mois plus tard, les attentats kamikazes commencent.

Nébuleuse

Il n’y a jamais eu de contacts directs entre Ben Laden et Aqmi. En revanche, il y a eu des échanges épistolaires entre Abdelmalek Droukdel, d’une part, Zawahiri et Abou Moussab al-­Zarqaoui, de l’autre. Ben Laden évoque pour la première fois Aqmi dans un message adressé à la France, après le rapt d’employés d’Areva et de Satom, à Arlit, au Niger, en septembre 2010. Droukdel saisit la balle au bond et demande aux responsables français de négocier directement avec Ben Laden la libération des otages.

L’élimination de ce dernier va-t-elle entraîner une radicalisation d’Aqmi, comme le laisse entendre Soumailou Boubèye Maïga, le chef de la diplomatie malienne ? On peut en douter, tant sont lâches les liens idéologiques et organisationnels entre les deux groupes. En revanche, un problème de légitimité va se poser. Privé de la caution religieuse d’Oussama Ben Laden, Aqmi va avoir du mal à recruter de nouveaux djihadistes. Et les tendances mafieuses qui ont toujours existé en son sein devraient, en toute logique, s’aggraver.

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