Politique

Égypte: le grand imam est-il digne de foi ?

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Le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb.

Le grand imam d'Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb. © Khaled Dessouki/AFP

Contesté par les enseignants et les étudiants en raison de sa proximité avec l’ancien régime de Moubarak, Ahmed al-Tayeb peine à s’imposer, malgré le soutien des autorités provisoires égyptiennes.

« Le pays traverse un moment difficile et Al-Azhar a besoin de vous. » C’est ce qu’a en substance répondu le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées, à Ahmed al-Tayeb, grand imam de l’université sunnite, venu lui présenter sa démission, le 23 mars, après que, le matin même, des membres du personnel lui eurent barré l’accès de l’institution.

Nommé le 19 mars 2010, ce théologien et philosophe né près de Louxor, en 1946, faisait figure de modéré. Francophile, anglophone, artisan du dialogue interreligieux, ancien mufti de la République (2002-2003) et doyen d’Al-Azhar (depuis 2003), il incarnait l’espoir d’une modernisation. Dès sa désignation, Al-Tayeb démissionne du parti de Moubarak, Al-Azhar étant, depuis un demi-siècle, la caution religieuse du pouvoir. Mais depuis la révolution, Al-Tayeb se voit constamment reprocher sa proximité avec l’ancien régime. Tandis que de nombreux imams d’Al-Azhar étaient allés manifester place Al-Tahrir, lui assurait encore Moubarak de son soutien par téléphone…

Exigence d’indépendance

Première exigence des enseignants et étudiants d’Al-Azhar : l’indépendance. Al-Tayeb a tenté d’y satisfaire en entamant les démarches nécessaires pour que le grand imam soit désormais élu par le collège des oulémas de l’université, et non plus désigné par le chef de l’État. Autre évolution : les relations d’Al-Azhar avec les Frères musulmans. En 2006, Al-Tayeb avait fait arrêter leurs étudiants après une démonstration paramilitaire dans l’enceinte de l’université. Le 3 mai dernier, contraint par le nouveau contexte politique, il a accompli un geste historique en recevant dans son bureau le guide suprême de la confrérie, Mohammed Badie. Une semaine plus tard, il accueillait le leader salafiste Mohamed Hassan « pour rapprocher toutes les composantes de l’islam ». Une cellule transparente de conversion des coptes à l’islam a aussi été mise en place avec l’Église pour apaiser les tensions.

Mais la méfiance est toujours de mise. À propos d’un éventuel procès de l’ancien raïs, Al-Tayeb a déclaré, le 21 mai, dans un quotidien allemand que « Moubarak est un vieil homme malade. La compassion devrait prévaloir sur la justice ». Miséricorde d’un homme de religion ou relent contre-révolutionnaire ? Al-Tayeb, comme beaucoup d’autres, cherche encore son chemin.

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