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Muhammad Yunus : « Vive le social business ! »

Le Bangladais, Prix Nobel de la paix 2006. © AFP/Archives

Contraint de quitter la direction de la Grameen Bank, l’établissement qu’il a créé il y a près de trente ans, le Bangladais Muhammad Yunus poursuit son combat pour « une économie plus humaine ».

Prix Nobel de la paix 2006 pour son travail pionnier dans le domaine du microcrédit, le Bangladais Muhammad Yunus a, en 1983, fondé la Grameen Bank (« banque des villages »), qui prête de l’argent aux exclus du système bancaire pour cause d’extrême pauvreté. De passage à Paris pour le lancement de son nouveau livre (Pour une économie plus humaine, Lattès, 2011), Yunus y a fait l’apologie du social business, un nouveau concept destiné à « humaniser l’économie ».

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Jeune Afrique : Comment est née l’idée du social business ?

Muhammad Yunus : Quand je reviens sur le passé, j’ai l’impression que mes actions en faveur du développement humain s’inspirent, depuis le départ, d’une conception du business comme acteur social. Mais, très vite, je me suis rendu compte qu’il ne suffisait pas de prêter de l’argent aux insolvables pour changer la donne économique. Le système de la libre entreprise ne se soucie pas de résoudre le problème de la pauvreté persistante, de favoriser l’accès de tous aux soins médicaux ou à l’éducation. Je me suis mis alors à imaginer des modèles économiques qui, justement, permettent d’éradiquer ces fléaux.

Qu’est-ce qui distingue le social business d’une organisation caritative ?

Une entreprise qui fait du social business est une entreprise normale, qui relève d’une démarche marchande, sauf que son objectif n’est pas de gagner de l’argent mais de mener à bien une mission sociale. Alors que les organisations caritatives dépendent entièrement de la générosité de leurs fondateurs, l’entrepreneuriat social utilise les profits dégagés par l’entreprise pour poursuivre son action. L’entrepreneur récupère progressivement l’argent qu’il a investi, mais ne touche pas de dividendes. Il n’y a ni pertes ni gains.

Vous avez lancé au Bangladesh des joint-ventures « altruistes » en collaboration avec notamment Danone, Veolia ou Intel. Les grands capitaines d’industrie ont-ils été faciles à convaincre ?

Pas du tout. L’idée du premier joint-venture est née d’une rencontre avec Franck Riboud, le PDG de Danone. Je lui ai expliqué très simplement ma vision du social business, puis je lui ai proposé que l’on travaille ensemble. Il m’a donné son accord immédiatement. Cet exemple a encouragé d’autres multinationales, tels Veolia ou Intel, à s’engager. La Grameen Bank travaille également avec des universités et des institutions académiques dans le monde entier, afin de sensibiliser les jeunes à cette manière alternative de faire des affaires. Enfin, je m’apprête à me rendre dans plusieurs pays africains, pour voir de quelle manière le social business pourrait être adapté à leurs besoins spécifiques. Au programme, des rencontres avec des leaders politiques, des entrepreneurs, des responsables médiatiques et universitaires…

La création de richesse par des pauvres est-elle « un conte de fées néolibéral », comme le prétendent les détracteurs de la microfinance ?

Le problème est qu’il n’y a pas de ligne de démarcation claire entre le microcrédit tourné vers l’économie sociale et le microcrédit commercial. Il existe aujourd’hui des établissements qui se réclament de l’esprit de la Grameen Bank, mais qui, en réalité, en utilisent le concept pour faire des profits.

Vous n’avez pas été épargné par les critiques de la classe politique bangladaise. Certains ont même réclamé votre démission. Êtes-vous toujours à la tête de la Grameen Bank ?

Non, j’ai quitté sa direction. Par ailleurs, la commission mise en place par le gouvernement a disculpé la Grameen Bank de l’accusation de malversations portée contre elle. Cette dernière a, dans le passé, survécu à bien d’autres épreuves. Et puis sa survie n’est pas liée à ma présence à sa tête. Elle dépend de ses utilisateurs, qui en sont aussi les principaux ­actionnaires.

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