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Guinée équatoriale : sur le devant de la scène

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Hydrocarbures : le pétrole c’est bien, le gaz c’est mieux

Le troisième producteur de brut d’Afrique subsaharienne s’impose aussi dans le secteur gazier. Objectif : devenir un hub régional.

Mis à jour le 24 juin 2011 à 13:04

Chargement au terminal gazier de Punta Europa, sur l’île de Bioko. © Renaud Van Der Meeren/Les Éditions du Jaguar

Dans le secteur des hydrocarbures, l’heure est à l’optimisme. La Guinée équatoriale est le troisième producteur de pétrole brut d’Afrique subsaharienne, derrière l’Angola (1,987 million de barils/jour en 2010) et le Nigeria (1,789 million de b/j). Selon le ministère des Mines, de l’Industrie et de l’Énergie, 310 000 b/j sont extraits de six champs par les majors américaines ExxonMobil, Marathon Oil et Hess en association avec la compagnie nationale GEPetrol, et la production devrait atteindre 400 000 b/j dans les deux ans à venir.

Deux champs, opérés par l’américain Noble Energy, seront à l’origine de cette hausse, qui permettra de dépasser la production de 2007 (368 528 b/j), la meilleure des cinq dernières années. Situé dans le bloc I au large de l’île de Bioko, le champ Aseng verra ses premiers barils se remplir en 2012 (50 000 b/j prévus). Quant au champ pétrolifère et gazier d’Alen, localisé dans le bloc O et dont le développement mobilise un investissement de 1,65 milliard de dollars (environ 1,15 milliard d’euros), il sera opérationnel en 2013, avec une production de 50 000 b/j.

Déficit budgétaire : le FMI sonne l’alarme

Pour la deuxième année consécutive, le budget de l’État, alimenté à hauteur de 85 % par les recettes pétrolières et gazières, est en baisse. Et déficitaire – à hauteur de 4 % à 8 % du PIB selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). En mission à Malabo en février, l’institution a tiré la sonnette d’alarme. Elle a noté une gestion chaotique des dépenses et un manque de coordination entre ministères qui serait à l’origine d’arriérés de paiement touchant les entreprises du BTP. En 2011, le budget, arrêté à 2 130 milliards de F CFA (3,25 milliards d’euros), pourrait être dépassé de 20 %, conséquence du règlement d’une partie des arriérés et de la finalisation des chantiers du sommet de l’Union africaine et de la CAN 2012. Pas de menace pour l’avenir, la Guinée équatoriale disposant d’importantes réserves financières à l’étranger. Deux interrogations toutefois : la nature de ces placements, mal connue, et leur délai de rapatriement.

Dans l’exploration, une vingtaine de sociétés d’origines très diverses (chinoise, espagnole, russe, nigériane, britannique, suisse, américaine, etc.) s’activent. Les négociations ne sont pas encore entamées avec le français Total, déjà présent dans la distribution avec sa filiale GE-Total et qui cherche à se positionner dans l’exploration. Après une phase de baisse, les prévisions de production sont donc optimistes ; de bonnes perspectives renforcées par la tendance haussière des cours du baril.

Et l’avenir est également prometteur pour le gaz, une filière où la Guinée équatoriale s’impose depuis la mise en service en 2007 d’un train de gaz naturel liquéfié (GNL). En hausse, la production de gaz naturel, qui est réalisée par les américains Marathon Oil et ExxonMobil, « est de 1,092 milliard de pieds cubes/jour [30,9 millions de m3/j, NDLR] », informe Marcelino Owono Edu, le ministre des Mines, de l’Industrie et de l’Énergie.

Ressource privilégiée

Cette progression est une aubaine pour le pays, qui mise de plus en plus sur cette ressource pour produire de l’électricité. Ses besoins vont ainsi être accrus avec la mise en service prochaine de trois turbines supplémentaires à la centrale de Punta Europa, proche de Malabo, dont la capacité augmentera de 120 MW.

Pour la commercialisation, le gaz est transformé en méthanol, en gaz de pétrole liquéfié (GPL) et surtout en GNL, le produit phare. La production de méthanol (1 million de tonnes par an) est réalisée dans le complexe pétrochimique de Punta Europa, près de Malabo, par Atlantic Methanol Production Company (AMPCO), un consortium comprenant Marathon Oil (45 %), Noble Energy (45 %) et la compagnie nationale Sonagas (10 %). La liquéfaction du gaz, pour sa part, est assurée à Punta Europa par la Ecuatorial Guinea-Licuado Natural Gas (EG-LNG), dont le capital est détenu notamment par Marathon Oil (60 %) et la Sonagas (25 %). L’essentiel du GNL (4,3 milliards de m3 en 2009) est exporté vers le Japon, la Corée du Sud et Taiwan.

Le gouvernement équato-guinéen, qui entend faire du pays un hub gazier régional et ainsi accroître et diversifier ses revenus, a encouragé les projets dans ce domaine. Après la signature, en 2008, d’un accord entre le géant russe Gazprom et EG-LNG, un consortium dénommé 3G a été créé en janvier 2009, dont l’actionnariat est désormais réparti entre l’État (15 %), la Sonagas (50 %), ainsi que l’entreprise espagnole Union Fenosa Gas (20 %) et le pétrolier-gazier portugais Galp Energia (15 %), qui ont racheté les parts de l’allemand E.ON Ruhrgas. 

Collecte

Le projet phare est actuellement l’Integrated Gas Project, qui associera la Sonagas et divers opérateurs, dont le consortium 3G. Les autorités ont annoncé le 25 avril dernier la signature d’une lettre d’intention portant sur le Train II Integrated Project par le ministère, la Sonagas et les compagnies intervenant sur les blocs O, I et R. L’objectif est de construire un système de collecte du gaz naturel provenant des champs actuellement en exploitation – dont Zafiro et Alba puis Alen en 2013 –, de ceux qui seront découverts ultérieurement et des plateformes pétrolières où le gaz est pour l’heure brûlé. L’ensemble sera acheminé et traité à Punta Europa.

La première étape consiste à mettre en place les structures commerciales et les infrastructures de transport et de stockage du gaz et à identifier les usages auxquels celui-ci sera destiné. « Tout dépendra des priorités et des besoins du gouvernement », informe le ministre. Selon ce dernier, le projet devrait se mettre en place d’ici à 2016. Une bonne nouvelle pour le pays, alors que la demande mondiale de gaz monte en flèche.