Politique

Mohamed Sahbi Basly : « J’ai servi la Tunisie, pas le régime »

Mis à jour le 24 juin 2011 à 12:18

Mohamed Sahbi Basly a créé, le 9 mars, Al-Mustakbal (« le Parti de l’avenir »), une formation centriste libérale. Opposé à une Constituante en Tunisie, il propose plutôt un référendum et des élections générales.

Jeune Afrique : Comment jugez-vous la transition ?

Mohamed Sahbi Basly : Nous avons assisté à un grand cafouillage et à la déliquescence de l’État les six premières semaines. Mohamed Ghannouchi n’était pas l’homme de la situation. Aujourd’hui, Béji Caïd Essebsi fait mieux, mais il a l’âge de ses artères… Pour moi, le principal maillon faible en Tunisie est la justice, dont la réforme est trop lente. Il faut au plus vite juger les spoliateurs des richesses du pays et les meurtriers des martyrs de la révolution, notamment Ben Ali. C’est ce que le peuple demande, et moi aussi.

Quelle est la priorité des priorités ?

Achever la révolution. Et c’est le peuple qui est le mieux placé pour le faire. Le gouvernement provisoire essaie de restaurer l’autorité de l’État, mais l’esprit du « Dégage ! » régnant encore, il n’arrive pas à imposer ceux qu’il nomme. En revanche, il a presque réussi le pari de la sécurité. Surtout, il tâche de faire aboutir le processus électoral. Mais la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution me dérange ; elle parle au nom du peuple sans en être issue et ne rassemble qu’une dizaine des quelque 80 partis politiques.

Que pensez-vous du report de l’élection de la Constituante à octobre ?

Je le regrette. Les institutions transitoires risquent de rester en place des années. On est à côté de ce que souhaitent les Tunisiens. J’espère que l’élection de la Constituante n’aura pas lieu. Je propose plutôt un référendum : « Quel type de régime souhaitez-vous ? Voulez-vous amender la Constitution ou en écrire une nouvelle ? » L’on pourrait ensuite fixer au 14 janvier 2012, un an après la révolution, la tenue d’élections municipales, législatives et présidentielle. Et il y aura beaucoup de surprises. Ceux qui se croient populaires vont vite déchanter.

Vous pensez aux islamistes ?

Ennahdha a été légalisé, il n’y a pas à revenir là-dessus. Mais je suis contre l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques. Je tiens à l’article 1 de la Constitution, à la séparation de la religion et de l’État. Or ceux qui réclament une Constituante rapide veulent prendre le peuple en otage sur ce sujet tant qu’ils se sentent en position de force.

Fallait-il dissoudre le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ?

C’était nécessaire, parce que le peuple voulait en finir avec cet instrument d’un pouvoir scélérat. Ce qui est arrivé est déplorable. Le RCD était l’héritier du parti de l’indépendance, le Parti socialiste destourien [PSD]. Je suis triste, car un pan de notre passé a été souillé.

Comprenez-vous que la loi électorale interdise à ses ex-hauts responsables de se présenter à la Constituante ?

Oui, mon parti a été le premier à approuver cette mesure, ce qui m’a valu d’être attaqué par la mouvance des anciens partis du pouvoir. Cette mesure peut aider à la réconciliation. Mais en ce qui me concerne, j’ai été un commis de l’État et un simple membre du RCD. Depuis 1997, j’étais ambassadeur : on m’avait éloigné à cause de mon franc-parler. J’ai servi mon pays, pas le régime, et j’en suis fier. Aujourd’hui, on assiste à une chasse aux sorcières, alors que la plupart des anciens du RCD ont consenti à cette révolution par leur silence approbateur. Je suis très inquiet pour l’avenir.

L’avenir justement : que propose Al-Mustakbal ?

Nous sommes un parti centriste libéral qui veut que la Tunisie s’appuie sur son tissu de petites et moyennes entreprises. Je veux aider les gens à devenir riches honnêtement. Je mise beaucoup sur la décentralisation. Il faudrait créer six régions rassemblant chacune des zones industrielles, agricoles et touristiques. Elles conserveraient 10 % de leurs richesses et donneraient le reste à l’État. Nos piliers : le respect, la famille, la protection des acquis sociaux et le consensus.

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Propos recueillis par Constance Desloire